La génération montante s’apprête à succéder à celle qui dirige aujourd’hui le pays. Que devons-nous en attendre ?
Nous avons trop souvent coutume de balayer d’un revers de main les questions qui concernent notre avenir commun, tant nous restons focalisés sur le présent. Pourtant, il est plus que jamais crucial de nous interroger sur le legs générationnel que la classe politique vieillissante du Congo-Brazzaville s’apprête à nous imposer.
Force est de constater que le peuple congolais – et plus encore ses intellectuels – devraient d’ores et déjà s’inquiéter pour l’avenir du Congo. Le désastre actuel suffit déjà à nourrir cette inquiétude : une gouvernance calamiteuse, une gabegie institutionnalisée et des « réalisations » d’une médiocrité telle que les pires émissions de télé-réalité paraissent des modèles d’excellence en comparaison. Mais ce qui se profile à l’horizon est plus inquiétant encore. La génération aujourd’hui au pouvoir, aussi incompétente soit-elle dans la gestion du bien commun, s’appuyait malgré tout sur une formation académique solide. Formés dans les meilleures universités du monde ou du continent, ces hommes et ces femmes disposaient des outils intellectuels nécessaires pour bâtir quelque chose – mais ils ont choisi de les mettre au service de l’incurie et de leur propre enrichissement.
Le problème, c’est la relève qu’ils préparent : une génération dorée aux moyens illimités, à l’esprit aussi étroit qu’obtus, façonnée non par l’effort mais par l’héritage. Dans le meilleur des cas, la majorité d’entre eux n’affiche qu’un niveau universitaire pour le moins discutable. Les autres exhibent des diplômes achetés, des attestations frauduleuses ou d’obscurs parchemins dépourvus de toute valeur académique réelle. Ils n’ont ni la discipline de travail, ni la rigueur intellectuelle, ni même la compréhension des rouages les plus élémentaires de l’État.
Dans un environnement déjà gangrené par la corruption et les arrangements de coulisse, ces héritiers n’auront qu’un seul objectif : préserver les privilèges familiaux, protéger les rentes et perpétuer le système qui les nourrit. Non seulement ils ne proposeront rien de nouveau, mais ils ne sauront même pas reproduire – à défaut de créer – les infrastructures et les politiques, aussi médiocres soient-elles, que leurs parents, eux, avaient su concevoir. Faute d’un sursaut, le Congo se dirige vers un avenir où l’incompétence succédera à l’avidité, où l’amateurisme remplacera la mauvaise foi, et où l’État risque de devenir un simple patrimoine familial, géré comme un domaine privé, sans aucune ambition nationale. Les signes avant-coureurs de cette dérive sont déjà visibles.
En clair, si la génération actuelle a échoué par cynisme, la prochaine risque de sombrer par incapacité pure et simple. Le Congo risque ainsi de connaître non pas un simple prolongement de la crise, mais une chute vertigineuse vers un chaos administratif où même la façade de l’État menace de s’effondrer.
Au cœur de ce bourbier sociétal, une intelligentsia surnage tant bien que mal dans un silence aussi assourdissant que déconcertant. Cette élite intellectuelle refuse de prendre ses responsabilités : elle baisse les yeux devant la médiocrité ambiante et n’ose même plus penser au Congo de demain, de peur d’avoir à panser celui d’aujourd’hui.
Notre pays se meurt, miné par un cancer idéologique qui le ronge jusqu’à la moelle, avec la complicité passive de ses fils et de ses filles.
