1960 – 2018 : LES CONGOLAIS SONT-ILS DES SUJETS DE DROIT ?

DEUIL DES DROITS DE L’HOMME AU CONGO

par Andréa NGOMBET, Collectif Sassoufit

Ce 15 août 2018 prochain, le Congo Brazzaville va célébrer 58 ans d’indépendance. L’incongruité de cette fête est d’autant plus grande que ce pays en faillite semble être peuplé de “biens meubles” pour reprendre l’expression consacré par le Code noir de Colbert pour désigner les Noirs. Ni les massacres, ni les plaintes, ni les plaidoyers ne semblent être capables de faire entendre raison à l’une des plus vieilles dictatures africaines, héritière d’un Etat colonial tout aussi brutal. En réalité, le passage de la colonisation à l’indépendance n’a pas réellement changé le statut des populations locales qui sont, à peu de chose près, toujours traitées comme des “indigènes”, des non-sujets de Droit.

Précisons les choses :

Le 12 août dernier, DAVY VALAKA, succombe après un coma du fait de la torture infligée par la police congolaise. La nuit du 22 au 23 juillet 2018, INGA JEREMIE, ITOUA GRACE, MANANGA Stephen, OBA John, ABA Raoul NGOLO Kephen, TOLLY OYA Gabriel, NDOMBI Gercy Roldi, KIYINDOU Chance, MPAYOULI Tedechy, MOUKPOKPO Urbain Durbagne, NKOUKA Orchidé, ACKA Grâce et plusieurs autres jeunes garçons sont crapuleusement assassinés au Commissariat de CHACONA à Brazzaville. La violence des Forces armées congolaises, les mêmes qui ont massacré à Bangui sous mandat ONUSIEN, épuré dans la région du Pool de 2016 à décembre 2017 ou fait disparaître 353 réfugiés sous protection du HCR, continuent de bénéficier d’une impunité sans limite ; au point où l’organisation internationale INTERPOL est coutumière des colloques à Brazzaville.

L’histoire du Congo est une histoire d’impunité judiciaire. Au gré des arrangements politiciens, les criminels s’achètent des virginités juridiques. C’est ainsi que le criminel de guerre Pascal Tsaty MABIALA, responsable des bombardements de civils en tant que Ministre de la Défense du professeur Lissouba durant la guerre de 1997, peut aujourd’hui être “Chef de l’Opposition” ou le criminel recherché dans l’Affaire du Beach, Jean-François NDENGUE, être l’inamovible chef de la police et bénéficiaire d’un passeport de service INTERPOL.

Il apparaît à l’examen du comportement de la justice, tant congolaise que française, que les Congolais ne sont pas des sujets de Droit. Pour être encore plus précis, nous devons dire qu’il y a deux catégories de Congolais :

L’hyperclasse de la nomenclature : Militarisée, Milliardaire par l’argent détourné, puissante et prédatrice, elle est capable comme les faits l’ont démontré de faire plier la justice française et les instances internationales. Pour ne citer que trois exemples, NDENGUE, Oba ou Denis Christel Sassou Nguesso peuvent aller et venir, dépenser le fruit du crime allégrement sans être jamais inquiétés. Mieux, dans le cas flagrant de NDENGUE et OBA, faire l’objet d’une exfiltration pour échapper à leur responsabilité pénale devant la justice française.

Les indigènes : c’est l’immense majorité des Congolais au pays, comme dans la Diaspora. Elle est actuellement pauvre et impuissante. Beaucoup aimeraient la faire disparaître de la surface de la terre pour s’accaparer définitivement et tranquillement le Congo. C’est sans anachronisme un tiers-Etat qui porte en lui les germes de la révolution qui emportera ce système.

Précisons une dernière chose :

Ce système d’impunité est de la responsabilité directe du Général Denis Sassou NGUESSO et de la nécessité pour le complexe militaro-industriel françafricain de perpétuer sous des formes diverses le régime de l’indigénat et du travail forcé sur lequel continuent à se bâtir des fortunes colossales et indues. Le Général Denis Sassou NGUESSO et la junte ne sont jamais sortis du triomphalisme guerrier du retour au pouvoir par les armes en 1997. Il est l’héritier de l’Etat colonial et s’emploie avec sa junte à perpétuer le régime d’indigénat qui exclut de fait l’immense majorité des Congolais de l’exercice légitime de leurs droits civiques.

Faire justice aux Congolais ? “Pourquoi faire ?” semble toujours répondre la justice du régime et sa consoeur française.

Pour conclure, 

Les Congolais ne sont pas, dans la junte du Général Denis Sassou NGUESSO, des sujets de Droit. Au plus ils sont des sujets de seconde classe, au pire des biens meubles disposables. Rien ne doit entraver le maintien au pouvoir et le pillage des ressources du pays.

À nos ainés DONGALA et OKOUNDJI, nous rappelons qu’il n’y a aucun endroit ni refuge où s’abriter à l’ombre d’une dictature.

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