Lettre de la société civile à Monsieur Cochery, ambassadeur de France au Congo

De Gauche à droite rencontrant Pierre Ngolo (Senateur PCT) : Bertrand Cochery (ambassadeur de France au Congo), Michel Terrot (Ancien président groupe amitié France Congo), Patrice Verchère (Député LR et membre du groupe d’amitié France Congo), Dominique De Villepin (Avocat et ancien premier ministre de la France), François Loncle (Ancien Député PS) 

LES ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE QUI ŒUVRENT POUR LA PROMOTION, LA PROTECTION ET LA DÉFENSE DES DROITS DE L’HOMME, LA LIBERTÉ ET LA DÉMOCRATIE EN RÉPUBLIQUE DU CONGO, 

Brazzaville, le 27 octobre 2017

À SON EXCELLENCE, MONSIEUR l’AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE EN RÉPUBLIQUE DU CONGO-BRAZZAVILLE.

OBJET : CÉLÉBRATION DU 77È ANNIVERSAIRE DE LA CAPITALE DE LA FRANCE LIBRE.
                                                                                 
Excellence, Monsieur l’Ambassadeur,

Les organisations de la société civile qui œuvrent pour la promotion, la protection et la défense des droits de l’homme, la liberté et la démocratie en République du Congo, expriment leurs vives inquiétudes quant à la célébration du 77è anniversaire marquant le transfert des institutions françaises de la résistance sous l’occupation allemande à Brazzaville qui devenait la capitale de la France Libre.
 

Etape mémorable des relations historiques franco-africaines certes, qui nous rappelle le souvenir des milliers de noirs africains appelés « indigènes» à cette époque, morts pendant la guerre et dont le sang a fertilisé la terre de la « mère –patrie » pour la libérer de l’occupation allemande. Aussi, des centaines de nos parents se sont mobilisés pour extraire des pierres aux cataractes des rapides du fleuve afin de construire la « Case de Gaulle » pour accueillir à Brazzaville, le chef de la résistance française en terre africaine du Congo, le Général Charles de Gaulle. Parmi les « tirailleurs » du contingent noir des « indigènes » africains qui ont combattu en France occupée figure un congolais appelé André Matsoua, qui, réconforté par les idéaux de liberté, égalité et fraternité assimilées pendant la guerre contre le nazisme, crée l’Amicale pour l’émancipation des ressortissants de l’Afrique Equatoriale. Il sera arrêté et condamné à perpétuité pour activités subversives, sous le n° Matricule 22 à la prison de Mayama, où il trouvera la mort en détention, tout comme aujourd’hui à la Maison d’Arrêt de Brazzaville, où meurent des citoyens arbitrairement arrêtés et illégalement maintenus en prison pour des opinions contraires à celles du pouvoir en place. Toutes ces violations vont à l’encontre de tous les textes juridiques nationaux et internationaux dont le République du Congo a soit promulgué des lois, soit les a ratifié.
 

L’Etat français a, en 1997 sous la présidence de Jacques Chirac qui l’a reconnu publiquement au cours d’une déclaration à la presse, mis fin à l’expérience démocratique en cours dans notre pays, initiée en 1991 par la Conférence Nationale Souveraine. De même en 2015, la France sous la présidence de François Hollande a par une déclaration à la presse autorisé le pouvoir en place à organiser un référendum pour modifier la constitution du 20 janvier 2002, stoppé net les possibilités d’une alternance démocratique en République du Congo.
 

Aujourd’hui, comme conséquence de ces violations de l’Etat français contre notre pays, les congolais vivent une crise multidimensionnelle : politique, sociale et économico-financière avec une baisse de tous les indicateurs.


Excellence, Monsieur l’Ambassadeur,
 

Comment vouloir organiser une manifestation aussi historique que celle du 77è anniversaire de la Capitale de la France Libre, à un moment où les prisons du Congo sont pleines de prisonniers politiques, au moment où un département du pays, en l’occurrence celui du Pool est assiégé par des  milices et des mercenaires étrangers, après des bombardements par des hélicoptères de combat et par l’artillerie lourde ayant occasionné plusieurs morts, de nombreuses violations des droits de l’homme et plus de 180.000 déplacés?
 

Comment vouloir organiser une manifestation aussi historique que celle du 77è anniversaire de la Capitale de la France Libre, à un moment où la majorité des travailleurs ne perçoivent pas leurs salaires depuis plus de quatre à cinq mois ; où les pensions de retraite à la CRF accusent jusqu’à dix mois de retard ; où les bourses des étudiants de l’intérieur accusent un retard de trois trimestres et  de plus de douze mois pour certains de l’extérieur ?
 

Comment avoir organisé une manifestation aussi historique que celle du 77è anniversaire de la Capitale de la France Libre, à un moment où le CHU-B est fermé pour fait de grève de ses travailleurs qui revendiquent des salaires impayés et que les autres centres hospitaliers de Makélékélé et de Talangai sont débordés de malades, Brazzaville devenant un mouroir à ciel ouvert et ses habitants vivent dans l’angoisse du lendemain incertain ?  
 

Excellence, Monsieur l’Ambassadeur,
 

La réponse diplomatique sera que c’est à l’initiative d’une organisation non gouvernementale que ce 77è anniversaire de la Capitale de la France Libre a été organisé. Soit ! Cependant, nous invitons les membres du Groupe de liaison Afrique-Europe au menu de cette escapade Brazzavilloise : Patrice Verchère (LR), Michel Terrot (LR), François Loncle (PS) et  Dominique de Villepin ( Ancien Premier Ministre), à bien vouloir visiter la Maison d’Arrêt de Brazzaville pour s’enquérir des conditions de détention des prisonniers politiques ; de se rendre au CHU-B et autres centres hospitaliers afin d’évaluer la qualité des soins attribuée aux malades ; de faire un tour dans les sites des déplacés de la guerre du Pool et aussi dans les écoles des quartiers périphériques de la Capitale pour analyser la perspective accordée par l’Etat congolais à la formation des générations futures à la relève citoyenne.
 

Excellence, Monsieur l’Ambassadeur,
 

Les organisations de la société civile qui œuvrent pour la promotion, la protection et la défense des droits de l’homme, la liberté et la démocratie en République du Congo, vous prient de bien vouloir transmettre aux autorités françaises nos inquiétudes sur cette manifestation de célébration du 77è anniversaire de la Capitale de la France Libre, qui s’apparente à un soutien politique au régime en place qui ne respecte pas le droit à la vie des citoyens. Le renforcement des liens historiques entre la France et le Congo doit se baser sur la consolidation des principes universels de l’Etat de droit dans le respect des droits de l’homme, la liberté d’expression et l’alternance politique par l’organisation des élections démocratiques, libres et transparentes autour d’une bonne gouvernance des affaires publiques, en dehors de toute considération amicale entre les dirigeants politiques , publics et les individus.
 

En mémoire du sang des patriotes congolais versé pour la libération de la France occupée par l’Allemagne Nazie, le peuple de France a un devoir de solidarité avec le peuple congolais pour l’aider à recouvrir aussi sa liberté et à instaurer un Etat de droit démocratique en République du Congo.
 

Nous vous prions, Excellence, Monsieur l’Ambassadeur, de recevoir les voeux réciproques des organisations de la société civile congolaise, pour un monde de Liberté, de Justice sociale et de Paix .

Pour les organisations signataires de la société civile.
 

Les signataires :

Association pour les Droits de l’homme et l’univers carcéral
(ADHUC)
Observatoire Congolais des Droits de l’homme
(OCDH)
Convention Nationale des Droit de l’Homme
CONADHO
Force unies pour la Liberté et la Démocratie
(FUL-D)
Plate-forme (Congo Maison Commune) pour la promotion de la santé
(CMC)
Association M 22

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