LUMIÈRE SUR L’ETHNOCIDE DES « PYGMÉES », LES SEIGNEURS DE LA FORÊT ÉQUATORIALE

À la mémoire de MOUNGOTO Antoine, 40 ans, mort sous la torture de la “Police” congolaise le 20 juillet 2013 parce que “pygmée”.

Les chiffres sont bruts et les témoignages crus. C’est le style sans détour de l’OCDH et de son directeur exécutif Trésor Nzila qui jette une lumière salutaire sur la situation des autochtones de la forêt équatoriale congolaise vulgairement appelés “Pygmées”.

Le Rapport 2017 sur la situation des droits des populations autochtones que publie l’OCDH avec le soutien de l’Union Européenne est authentiquement une bombe. Il démontre sans le vouloir l’état de “Non-Etat” dans lequel le Congo Brazzaville est plongé et révèle l’ethnocide culturel et physique dont sont victimes les seigneurs de la forêt équatoriale. Morceaux choisis :

AVANT LA LOI = APRÈS LA LOI

Les peuples autochtones sont présents dans presque tous les départements du Congo. Ils représentent entre 1,4% et 10% de la population du Congo (population totale estimée à 5 millions d’habitants en 2016).

Malgré un cadre législatif quasi complet et la promulgation en 2011 de la Loi 5-2011, première loi en Afrique sur les peuples autochtones, la situation se dégrade.

Cette situation est symptomatique de ce que nous pouvons appeler la “maladie congolaise”. Sur le papier un arsenal législatif dernier cri : le Congo a ratifié presque tous les traités internationaux sur le sujet.

Sur le terrain les menaces et les violations physiques et verbales représentent respectivement plus de 60% et 40% des violations auxquelles font face de façon récurrente les autochtones. Plusieurs cas de viols (30%), les arrestations illégales (18%) et la détention arbitraire représentent (20%). Les actes des tortures représentent 18% dans les 29 villages enquêtés.

C’est donc un écran de fumée législatif que le Congo a érigé dans un objectif trompeur : “Même le Président du Comité du village qui pendant les entretiens faisait croire à la mission qu’il n’existe pas de discrimination entre les deux groupes, a été vite rattrapé par son mensonge. Il a été le premier à quitter le lieu.”

APARTHEID ET ETHNOCRATIE À L’OMBRE DE LA LOI

 

Aucune des autorités traditionnelles pygmées n’est reconnue par l’état congolais. Les autochtones n’ont accès à l’Etat que par la médiation d’un “Maitre-Bantou”. De plus, ils sont victimes de mauvais traitements et de travail forcé. Peuples semi-nomades, ils ne possèdent aucun titre foncier et sont donc l’objet d’une pratique de “dette usurière” scandaleuse qui les maintient dans une odieuse précarité.Des entraves administratives et financières illégitimes les empêchent quasi systématiquement d’accéder à une carte d’identité et un acte de naissance.
Pourtant la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant ratifiée par le Congo pose le principe d’égalité de tout enfant, et place l’intérêt supérieur de l’enfant en ligne de priorité. Cette convention institue l’enregistrement de tout enfant dès sa naissance, le droit d‘acquérir un nom et d’avoir une nationalité.
Les autochtones au fil du rapport apparaissent sous nos yeux comme des sans terre, des “apatrides” car sans pièce d’identité ou acte de naissance. La déliquescence de la société congolaise apparaît au fil des pages dans son caractère le plus abject :
“Je ne peux pas accoucher à l’hôpital non seulement à cause des frais d’hôpital mais surtout : 

1- A cause du mépris des sages- femmes qui nous qualifient de crasseuses ; 

2- A cause de la moquerie parce que nous ne disposons pas de layette à l’accouchement. Cela me fait honte et me fait mal. Je préfère accoucher dans la maison ou à un autre endroit pour éviter ces critiques.” – Rapport OCDH, page 6

L’ETHNOCIDE DES SEIGNEURS DE LA FORÊT ÉQUATORIALE

 

C’est un rapport brutal de 60 pages. Malnutrition pour cause de protection de la forêt, esclavage, discriminations et violences verbales comme physiques, les seigneurs de la forêt équatoriale plus que tous les autres congolais sont les victimes du “non-état” congolais. Ils sont livrés à la loi du plus fort et du plus grand nombre ethnique.« Les mêmes bantous avec lesquels nous nous accouplons la nuit, se privent de manger notre nourriture la journée. Personne ici, parmi les bantous, n’achète ni ne mange ce que nous préparons comme nourriture », affirmait une dame autochtone.”  – Page 19 rapport OCDH

Le rapport souligne le lynchage systématique des hommes autochtones qui par malheur touchent à des femmes “bantous”. Il montre aussi l’abus et l’exploitation des femmes autochtones par les hommes bantous. Cette pratique et les cas de violence et de stigmatisation sont constitutifs d’un ethnocide physique et culturel.

“La sédentarisation involontaire des autochtones en villages communautaires n’a pas permis aux populations concernées de conserver leur mode de vie ainsi que leur riche héritage culturel. Ils se sentent dépouillés petit à petit de leur culture pour assimiler celle de leur voisin dominant (bantou)” – Page 7 rapport OCDH.

C’est pourquoi, dit le rapport, il faut craindre de plus en plus d’épisodes de confrontations sanglantes et meurtrières entre les communautés autochtones et bantous.

LE CONGO : UN ÉTAT VOYOU ET PRÉDATEUR


Le Collectif #Sassoufit recommande la lecture de ce rapport et félicite l’OCDH pour la profondeur et la qualité du travail fourni.

La situation des peuples autochtones est un triste reflet de la situation de la société congolaise, malade d’un “non-état” qui ratifie et promulgue des lois sans, hélas, jamais réellement les appliquer.  Un Etat prédateur incapable d’assurer la maîtrise de son territoire et de fournir à la population une identité et une nationalité. Une société de l’arbitraire et de la discrimination ethnique avec au plus bas de l’échelle l’autochtone.Il n’y a point de plus cruelle tyrannie que celle que l’on exerce à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice disait Montesquieu, nous sommes portés à croire qu’il préfigurait l’Etat-Honteux totalitaire du Congo Brazzaville.

Andréa NGOMBET
Coordinateur du Collectif #Sassoufit 

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