Sassou fait arrêter des journalistes italiens à Pointe-Noire pour protéger ENI et son ex-gendre Fabio Ottonello

Un peu de café Robusta, produit au Congo, dans un mélange d’autres origines, garantit une mousse épaisse et onctueuse dont se réjouissent les amateurs de café Expresso. C’est par là que l’histoire commence au Congo, au début des années 80. Le père de Fabio Ottonello, « Bruno Café » comme il était surnommé amicalement,  par les fidèles clients de l’Hôtel Olympic Palace à Brazzaville, faisait ses affaires en collectant, souvent péniblement, des sacs de grains dans la Sangha au Nord du pays pour les exporter vers l’Italie. Il n’en fit pas fortune ; ce fut Fabio qui décrocha la timbale en mariant Cendrine Sassou Nguesso, fille du dictatueur congolais. C’était le 20 décembre 2003 au terme de quatre jours de festivités mémorables, à Oyo, le village paternel. Celle qui fut la timide élève du collège de la Fraternité à Brazzaville, épousa le très réservé Gênois, « latin lover-diplômé en Economie », qui était venu au Congo pour dynamiser les affaires de café et de cacao de son propre père.

Consul Général du Congo à Gênes, Fabio entreprit d’obtenir le statut de Résident dans la Principauté de Monaco ; ce qu’il obtint en 2006 non sans avoir déclaré aux autorités monégasques qu’il avait pour beau-père le chef de l’Etat congolais. Il pouvait alors développer ses affaires en Afrique et avoir un statut de privilégié fiscal, en Europe, grâce à sa résidence « déclarée » sur le très peu regardant Rocher. Denis Sassou Nguesso comprit également, très vite, le parti qu’il pouvait tirer de son gendre, sur le plan diplomatique, dans un rapprochement avec l’Italie et aussi avec Monaco. Fabio, tant qu’il a été l’époux de Cendrine (ils se séparèrent en 2014) était de tous les voyages officiels notamment en Italie. A Rome et à Milan, le beau-fils participait aux rencontres à très haut niveau, notamment avec Berlusconi, lorsqu’il était Premier ministre et ENI. Il avait acquis le statut de Conseiller, comme l’était étonnement, pour les hydrocarbures, Claudio Descalzi.

Le couple italo-congolais était devenu incontournable, au Congo, dans toutes les affaires liées à ENI ou à l’Italie.

Né dans le café noir, Fabio devint un interlocuteur privilégié dans les affaires pétrolières, pas des moindres, et diplomatiques liées aux aides et effacements de dettes dont Denis Sassou Nguesso était gourmand. Des centaines de millions de dollars sont tombés dans l’escarcelle des tourtereaux. Cendrine, de son côté, fut vite reconnue comme une redoutable femme d’affaires et plus encore après son divorce. Il y eut peu d’affaires et de sous-traitances chez ENI Congo dans lesquelles elle ne fourra pas son nez et son compte en banque. Tous deux, Fabio et Cendrine, ont toujours veillé à cultiver une excellente relation avec Claudio Descalzi qu’ils savaient très proche de leur président de père et de beau-père. Ils n’ignoraient pas que le Milanais, (« arrivé petit ingénieur au Congo » selon la propre expression du dictateur) était une pièce maîtresse dans le soutien international dont il bénéficiait. Sa parenté avec Mgr Erminio De Scalzi, évêque auxiliaire de Milan, (le plus puissant diocèse au monde) avait toujours servi ENI et permettait, certaines rumeurs l’affirment, de contrôler la politique du Vatican à l’égard du Congo… ! La longue quarantaine du Cardinal Emile Biayenda dans la voie sans issue de l’oubli lui serait-elle redevable ?

Claudio Descalzi, en contrepartie, doit beaucoup de sa belle carrière chez ENI à Denis Sassou Nguesso. Sa nomination en 2014 par Matteo Renzi, contre toute attente, au poste de Directeur Général de la Major italienne, avait fait l’objet d’une grande campagne internationale de lobbyisme maçonnique, orchestrée par son, alors, très puissant ami congolais. Les très belles découvertes d’huile et de gaz au Congo, en Egypte et au Mozambique, sous sa direction, laissait augurer d’une reconduction sans problème à la tête d’ENI ; jusqu’à sa mise en examen, en février dernier, à Milan pour corruption internationale dans l’affaire de l’attribution du bloc OPL245 au Nigeria. Avec de bons Avocats, il aurait pu aisément en sortir la tête haute, si l’un des principaux intervenants dans cette affaire, un ex-directeur d’ENI Nigeria, Vincenzo Armanna, n’avait accusé Fabio Ottonello d’avoir transporté dans un de ses avions, 50 millions de dollars, en billets de 100 dans deux grosses valises, en faveur des dirigeants d’ENI dont Paolo Scaroni.

L’accusation n’a pas beaucoup de sens pour les experts. Il aurait fallu deux ou trois fois plus de grosses valises pour transporter 50 millions de dollars, mais le fait d’avoir jeté en pâture, devant les justices nigériane et italienne, le nom de l’ex-gendre de Sassou avait semé la panique chez les dirigeants d’ENI.

Fabio, outre ses intérêts congolais qu’il gérait de Lagos loin de son beau-père, continuait d’avoir des relations d’affaires avec ENI au Nigéria, dont la location d’avions. « Fabulous Fabio » craignait plus que tout d’être exposé publiquement sur l’origine fulgurante et trouble de sa fortune ; intimement liée aux grosses opérations réalisées au Congo, à partir de 2007, à la faveur de passe-droits dont le couple, qu’il formait avec Cendrine, avait bénéficié ; en faveur d’ENI et dans le dos de l’Etat Congolais… !

Pour ENI, il fallait à tout prix mettre Fabio Ottonello à l’abri des instructions judiciaires italiennes et nigérianes. C’est ainsi que Fabio s’est retrouvé une fois encore sous la protection de son ex-beau-père, à Pointe Noire… Les journalistes d’investigation italiens, Luca Chianca et Paolo Palermo, viennent d’en faire la pénible expérience, la semaine dernière. Ils étaient arrivés le 13 mars au Congo Brazzaville. Aussitôt après l’interview de Fabio Ottonello, le mercredi 15 mars à Pointe Noire, dans un scénario digne d’un film de James Bond, toutes les liaisons téléphoniques et internet avaient été coupées dans la ville afin que les journalistes ne puissent les transmettre à leur rédaction. Très peu de temps après, ils ont été arrêtés par les services de sécurité du dictateur congolais. Durant 48 heures, ils ont été détenus au secret alors que la diplomatie italienne, d’habitude si conciliante avec notre tyran, s’activait pour les en faire sortir. Madame Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, a peut-être participé, d’une manière décisive, aux efforts de ses compatriotes, alors que, depuis longtemps, elle ne dit plus un mot sur la situation dramatique que notre pays connait. Se souvenant sûrement que Matteo Renzi avait fait sa première visite officielle de Premier ministre au très généreux Congo Brazzaville,  cette « baby Renzi » sait tout l’intérêt qu’a l’Italie de laisser faire Sassou Nguesso ; sans pour autant qu’il s’en prenne à ses ressortissants !

Nous le voyons bien que deux journalistes italiens ont bien plus de poids que nos plus de cent opposants politiques emprisonnés sans jugement depuis des mois. Seul le pétrole compte au Congo ! Mais Denis Sassou Nguesso vient de commettre un faux pas en intervenant brutalement et publiquement contre les deux journalistes. La justice italienne va vite comprendre toute l’importance de Fabio Ottonello et elle ne le lâchera plus ! Claudio Descalzi, de son côté, bien que bénéficiant de la protection de son Oncle Mgr Erminio De Scalzi, a tout à craindre de possibles révélations congolaises ou italo-congolaises comme pourraient être celles de l’ex-gendre de Sassou… Et c’est bien ce qu’avait compris Vincenzo Armanna en jetant subtilement le nom de Fabio Ottonello à la presse italienne.

Willy Nguesso a été mis en examen à Paris. C’est du concret ! A Lisbonne, comme nous le verrons bientôt en détail, la justice portugaise a admis une partie civile de l’opposition congolaise dans l’affaire José Veiga-Asperbras. C’est encore du concret ! Très vite, cette même opposition, forte de ce dernier succès et de cette jurisprudence, va tenter d’en faire de même en Suisse et à Milan. Elle fera mouche et obtiendra du concret !

La corruption en Afrique maltraite et tue les populations par la faim ou par les armes. En Europe, elle est un danger majeur pour la démocratie. Les dirigeants et les élites veillent plus à leurs intérêts personnels qu’à ceux de leur nation. L’opposition congolaise doit oublier les politiques, les diplomates et se tourner vers les tribunaux et les magistrats… !

Source : 
Rigobert OSSEBI
Diffusé le 21 mars 2017, par www.congo-liberty.com   

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