Corruption, kleptocratie : quand on évoque ces concepts, les voitures de luxe, la boulimie immobilière ou encore les garde-robes outrancières nous viennent à l’esprit. Aller au-delà de ces apparences requiert une discipline et une méthode peu communes. C’est sur cette négligence citoyenne que les ploutocrates prospèrent. C’est dans cet angle mort que l’ensemble de l’arsenal de la lutte contre la corruption transnationale patine.
Alors que le cynisme moderne voudrait que l’accumulation fiduciaire soit la motivation sous-jacente des systèmes autocratiques, l’opinion généralement admise depuis la chute du mur de Berlin en 1989 est que les idéologies politiques ont cessé de structurer les actions des agents politiques. Cette arrogance du bloc démocratique, victorieux de la guerre froide, nous a tous induits en erreur quasi-mortelle. L’accumulation fiduciaire facilitée par les structures de prédation kleptocratique s’inscrit dans un projet politique de capture de l’État et d’érosion du système international. Il s’agit non pas seulement d’acheter telle ou telle villa, tel ou tel yacht, tel ou tel vêtement, mais bel et bien d’une accumulation primitive pour rendre la possibilité du fait démocratique caduc. Entendons-nous : le mal ne réside pas dans l’accumulation fiduciaire, la possession de yachts ou d’innombrables paires de chaussures de luxe ; ce sont là des appétits tout à fait naturels. Le mal réside dans le refus de l’effort et de l’utilité pour les obtenir. Le mal réside dans cette inclination vers l’accaparement et le crime pour assouvir ce qui est naturel — Le mal est dans cette pente glissante qui fait du crime un levier de promotion sociale. Nous pouvons oser le parallèle entre l’amour courtois pour obtenir les faveurs de l’être désiré, qui garde sa liberté d’accepter ou de refuser, et le viol, qui, bien qu’assouvissant le besoin naturel, annihile la liberté de l’être désiré. Il en va de même pour l’exercice du pouvoir dans les régimes kleptocratiques, un viol permanent des âmes et des corps.
Si la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du Citoyen consacre la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression comme le socle de la dignité des êtres humains, le projet kleptocratique, par le pillage systémique, vise à rendre la liberté impossible, la propriété soumise au bon vouloir du prince, et la résistance à l’oppression un crime passible de la peine de mort.
En effet, si aucune liberté, notamment économique, n’est possible car il faut payer à chaque étape un pot-de-vin, comment pourrait-on mesurer l’utilité commune sur laquelle les distinctions sociales doivent être fondées dans une société d’hommes libres et égaux en droits ?
Cette première érosion est extrêmement prolifique. Elle installe chez les individus un goût du parjure, de la combine et une haine de l’effort. D’où je viens, en République du Congo, cela est résumé dans le système scolaire par un odieux slogan : « Lire pour comprendre, tricher pour réussir ».
La distinction sociale du système kleptocratique valorise donc le criminel plutôt que l’honnête homme. Il est donc ontologiquement en opposition avec l’idéal citoyen de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Il génère ensuite une infra-loi, une vérité circonstancielle qui fluctue au gré de la boulimie du tyran. Il n’y a de propriété que celle du tyran. Là où la littérature parle souvent du couple autocratie et industrie extractive, sans se lancer dans des théogonies, on peut souligner que ce couple fonctionne dans un système global anti-démocratique.
Le tyran assure la maîtrise d’un territoire, déplace de manière forcée les populations si nécessaire, et assure le vernis contractuel qui permet à l’entreprise extractive de vendre des actions sur les bourses de New York, Paris, Londres ou Hong Kong. Ses actions viennent alimenter les fonds de pension qui, eux, maintiennent en vie les retraités des pays post-industriels, lesquels constituent un corps électoral majoritaire réfractaire à toute réforme d’un système dont ils sont les héritiers et les bénéficiaires. C’est Jupiter qui mange ses enfants.
Cette propriété n’est qu’une illusion. Elle n’est pas, comme la propriété ancienne, le fruit du travail, de l’innovation ou du génie. Elle est tributaire non pas d’une validation par un marché ouvert, libre et concurrentiel, mais d’un cartel criminel, ennemi du travail, meurtrier de l’innovation et étrangleur du génie humain.
Il ne faut pas s’y tromper : l’extractivisme kleptocratique n’est pas le libéralisme politique ; il en est le poison mortel qui, si nous ne l’arrêtons pas, nous conduira inéluctablement vers l’extinction du genre humain. Il est le moteur de la crise écologique, la cause première de tous les grands désastres environnementaux (Tchernobyl, mer d’Aral, naufrage de l’Erika, trou de la couche d’ozone, etc.). Par l’érosion de la concurrence et la prééminence des cartels, il rend ses effets néfastes exponentiels, tout en empêchant toute possibilité pacifique de correction de ses erreurs.
L’individu pris dans ce système n’a plus aucune ressource propre pour résister à l’oppression. Il est réduit à l’état d’esclave sans chaîne, ce que Friedrich Hayek appelait déjà La Route de la servitude. Il n’a donc plus les outils matériels de la qualité de citoyen que sont la liberté et la propriété. Il perd ensuite graduellement, puis totalement, les outils immatériels de cette qualité que sont la liberté d’association et d’expression.
Nous sommes partis du couple tyran, maître en son territoire, et fonds de pension des sociétés post-industrielles, pour faire sentir le caractère global du fait kleptocratique. La surface qui aveugle (frénésie immobilière, luxe, etc.) mise de côté, il nous apparaît une superstructure idéologique visant à ramener l’homme en esclavage par l’abolition graduelle des libertés acquises dans les déclarations des droits de l’Homme et du Citoyen. Que ce néo-esclavagisme prenne le visage de la techno-dictature chinoise ou de l’hyper-État-nounou à l’occidentale, tous deux visent à annihiler les droits naturels, le seul véritable obstacle à son expansion.
Il faut combattre les causes profondes, l’apathie civique, plutôt que les effets superficiels, les achats somptuaires. Il faut, dans ce monde incertain, accepter que le système international post-1945, établi alors qu’une grande partie de la planète était encore sous domination coloniale occidentale, doit être dépassé. S’inscrire dans l’humilité des humanistes de la Renaissance, revenir à notre place de nains sur les épaules des géants qui nous ont précédés, accepter l’aléatoire et la libre concurrence comme rempart contre l’oppression des cartels. Le chantier est vaste mais achevable. Le Magnitsky Actconstitue le bourgeon de cette démocratie des citoyens.
Il faut redonner aux communautés la possibilité de se prendre en charge au plus près. L’esprit civique fait en sorte que, dans la plus profonde ruralité congolaise, le réflexe ne soit pas d’attendre l’État pour réparer un toit ou couper l’herbe autour d’un centre de santé, mais de le faire soi-même pour le bénéfice de son village et ainsi se distinguer par l’utilité apportée à la communauté : service d’abord.
Les enjeux sont colossaux : la guerre ouverte entre États est de retour. La guerre des fondamentalismes contre les femmes fait rage. La situation peut sembler désespérée quand on constate le retrait de l’État fédéral états-unien de la promotion de la démocratie libérale dans le monde. Pourtant, ces enjeux et ce retrait sont les meilleures nouvelles qui soient. Ils sont un appel à l’innovation et un appel à partager d’une manière plus équilibrée le fardeau de la lutte pour les libertés. Enfin, ce retrait de l’État fédéral états-unien est une occasion unique pour la reconstruction de l’esprit civique à partir de l’individu qui se rend utile pour sa communauté : service d’abord.
Notre horizon, c’est une nouvelle titanomachie, de laquelle, je l’espère, les amoureux de la démocratie sortiront vainqueurs et enfanteront un ordre humaniste, juste et mesuré.
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