La Syrie de Bachar el-Assad, isolée sur la scène internationale en raison de la guerre civile et des accusations de crimes contre l’humanité, a cherché à maintenir et développer des relations avec certains pays, notamment en Afrique. Le Congo et la Syrie ont établi des relations diplomatiques en 1977, annee du triple meurtre de Marien Ngouabi, Massamba Debat et du Cardinal Emile Biayenda. Sassou Nguesso connu alors une ascension fulgurante qui le conduisit pour la premiere fois en 1979 a la presidence de la Republique du Congo. La Syrie des Assad a toujours eu en Sassou Nguesso, un ami fidèle.
Brazzaville le 8 decembre 2024 — La Coordination — Brazzaville, capitale du Congo, un matin de septembre 2024. Sous les grandes tentes blanches du centre-ville, la Foire syrienne de Brazzaville battait son plein. Des étals colorés de vêtements, des appareils électroménagers flambant neufs, des tapis orientaux et des bibelots exotiques attiraient les badauds congolais. Mais derrière cette image de carte postale d’un simple marché commercial, des yeux avertis voyaient autre chose : un réseau complexe de blanchiment d’argent au service du régime syrien de Bachar al-Assad. Et au cœur de cette machinerie bien huilée, deux noms revenaient sans cesse : Kamal Charabi, patron de la société Tamatex, et Mohamad Izzat Khatab, un homme d’affaires syrien proche de Denis Sassou Nguesso, le président congolais.
La Foire syrienne : une vitrine du blanchiment d’argent ?
Officiellement, la Foire syrienne de Brazzaville était un événement économique annuel visant à promouvoir les produits syriens au Congo-Brazzaville. Cette foire se déroulait depuis plus de dix ans, et le succès semblait au rendez-vous, du moins en apparence. Mais pourquoi organiser chaque année un événement de cette ampleur dans une capitale africaine peu liée à l’économie syrienne ? La question méritait d’être posée.
Pour le collectif Sassoufit, la réponse était simple : cette foire était une couverture parfaite. Les produits vendus, souvent de faible valeur marchande, servaient de prétexte au transfert de fonds depuis la Syrie vers le Congo. En d’autres termes, il ne s’agissait pas d’une foire mais d’un canal de blanchiment d’argent.
« Ces produits ne sont qu’un écran de fumée », affirmait une des petites mains proche de la famille de Mireille OPA-ÉLION, Directrice Générale de l’Agence Congolaise de l’Artisanat et Jacques ELION, Administrateur maire de Poto-Poto. « Le vrai but, c’est de permettre au régime d’Assad, soumis à des sanctions internationales, de déplacer de l’argent hors de Syrie. » Et dans ce jeu d’ombres, le Congo-Brazzaville apparaissait comme une plaque tournante idéale, car la surveillance internationale des flux financiers y était encore faible.
Kamal Charabi et Tamatex : l’homme de l’ombre
À la tête de ce réseau économique parallèle, un nom s’imposait : Kamal Charabi, directeur général de la société Tamatex, spécialisée dans l’import-export de textiles et de produits manufacturés. Introuvable dans le registre du commerce au Congo, Tamatex était l’acteur clé de la Foire syrienne. Aucun chiffres officiels d’Affaires, pas d’adresses dans le pays, rien ne collaient avec l’objectif officiel de “renforcement de la cooperation commerciale entre le Congo et la Syrie”. Pourquoi venir jusqu’au Congo sinon pour creer des bénéfices fictifs d’une foire bidon pour échapper ainsi aux sanctions économiques internationales ?
Mohamad Izzat Khatab et Denis Sassou Nguesso à Paris en 2017
Mohamad Izzat Khatab, le « lobbyiste » syrien de Sassou Nguesso
Mais Charabi n’était pas seul “syrien” du regime de Brazzaville. Une autre figure plus intrigante encore se cachait dans l’ombre de cette alliance syro-congolaise : Mohamad Izzat Khatab. Si son nom ne disait rien au grand public, il suffisait de regarder une célèbre vidéo de Denis Sassou Nguesso, ivre, dans un hôtel parisien, pour le reconnaître. À ses côtés, on apercevait Khatab, un homme d’affaires syrien au parcours sulfureux. Proche des cercles du régime de Bachar al-Assad, il était également accusé d’escroquerie internationale.
Izzat Khatab agissait comme un courtier d’influence, naviguant entre les régimes affaiblis et les affaires douteuses. Grâce à ses connexions en Syrie, au Congo et même en Europe, il jouait un rôle crucial dans les stratégies de contournement des sanctions internationales.
Des enregistrements vidéo, datant de 2017, montraient Khatab et Sassou Nguesso en train de partager des moments de détente en privé, notamment à Paris. Mais derrière ces images de camaraderie, ce sont des intérêts financiers communs qui se cachaient, ceux d’un régime asphyxié par les sanctions et d’un autre à court de liquidités. Vendre au President français un plan de paix bidon sur la Syrie ? Pour Brazzaville se montrer indispensable à la diplomatie française à l’approche du procès des prisonniers politiques Jean Marie Michel MOKOKO et André OKOMBI SALISSAT, etaient alors, une priorité strategique.
Des régimes à la recherche d’une bouée de sauvetage
À y regarder de plus près, la Syrie d’Assad et le Congo de Sassou Nguesso partageaient des similitudes troublantes. Les deux régimes, confrontés à des crises de légitimité interne et des critiques internationales, cherchant à prolonger leur survie. La Syrie, sous sanctions internationales, se tournait vers des réseaux de blanchiment d’argent à l’étranger. Le Congo, quant à lui, affaibli par la chute des cours du pétrole et par la crise post-electorale de 2016, se tournait vers des partenaires controversés pour diversifier ses flux financiers.
La chute du régime Assad et ses répercussions sur le Congo
Le régime de Bachar al-Assad s’est effondré, marquant la fin d’une ère et la chute d’un réseau international de financement parallèle. Cette chute va affaiblir l’un des systèmes de blanchiment d’argent sur lesquels s’appuyait le régime de Sassou Nguesso entre Syrie, Liban et Hezbollah. Les flux financiers syriens injectés dans l’économie congolaise vont disparaitre, laissant le clan OPA-ELION à sec.
Derrière la façade des foires commerciales et des réseaux d’affaires, la collusion entre Brazzaville et Damas montre une mondialisation de la corruption. Des régimes isolés, accusés de crimes contre l’humanité, mette en place des systèmes de survie mutuelle. Sassou Nguesso offrait un refuge financier à Assad, et Assad, en retour, participait au renflouement des coffres de Brazzaville.
ASSAD n’est plus, le Hezbollah est en perdition, Sassou Nguesso a perdu un associé dans le crime.
