En préambule de ce rapport, nous aimerions exprimer notre reconnaissance pour les efforts déployés, notamment par la coalition Publiez ce que vous payez Congo-B et les rapports sur le compte Santé de la République du ministère de la Santé et de la Population.
Notre travail s’est grandement appuyé sur ces ressources antérieures.
Toutefois, il en diffère, car n’étant pas sous la coupe de l’autocensure, il s’attache à dresser des cartes des entreprises et des personnes au cœur du système sanitaire et à en analyser la structure.
Un encadrement pléthorique, des appels d’offres en entente directe attribués à l’époux de la ministre de la Santé, un répartiteur pharmaceutique sous la botte d’un fils du Président, un décret qui institutionnalise un apartheid sanitaire, etc.
C’est l’ensemble du système de santé de la République du Congo qui est passé à la loupe.
Il apparaît le portrait d’une ségrégation sanitaire, d’un pays avec deux systèmes de santé : un pour l’enrichissement du Président et de ses fidèles, un autre complètement en ruine pour le commun des Congolais.
Andréa Ngombet
Directeur exécutif

Quelques statistiques clés sur le système de santé en République du Congo
- Espérance de vie : l’espérance de vie à la naissance en République du Congo est d’environ 64 ans pour les hommes et 68 ans pour les femmes.
- Taux de mortalité infantile : le taux de mortalité infantile est élevé, avec environ 56 décès pour 1000 naissances vivantes.
- Taux de mortalité maternelle : le taux de mortalité maternelle est également une préoccupation, avec environ 383 décès pour 100 000 naissances vivantes.
- Accès aux soins de santé : l’accès aux services de santé, en particulier dans les zones rurales, peut être limité en raison de facteurs tels qu’une infrastructure inadéquate, une pénurie de personnel médical et des obstacles financiers.
- Principales causes de mortalité : le paludisme, les infections respiratoires, les maladies diarrhéiques et le VIH/SIDA comptent parmi les principales causes de morbidité et de mortalité dans le pays.
- Dépenses de santé : les dépenses publiques de santé en pourcentage du PIB, 4,4 % en 2020, sont relativement faibles, ce qui a un impact sur la disponibilité et la qualité des services de santé.
- Infrastructure de soins de santé : les investissements consentis pour améliorer les infrastructures de soins de santé, notamment par la construction et la rénovation d’hôpitaux et de cliniques, ont été confiés à des acteurs véreux qui ont essentiellement détourné les fonds sans livrer les ouvrages.



Le budget de la santé a été en moyenne de 8% du budget national sur la période. il reste en général inférieur à celui de la défense en particulier à l’approche d’élections (2015,2016, 2021) et durant la répression militaire post-électorale dans la région du Pool (2016-2018).
En ce qui concerne les taux d’allocation et d’exécution du budget de la santé, ils se déclinent comme suivant :
| Année | Budget de l’Etat | % d’allocation MSP | % d’exécution |
|---|---|---|---|
| 2015 | 2715066000000 | 14% | 31% |
| 2016 | 3608729000000 | 5% | 43% |
| 2017 | 2729329000000 | 5% | 54% |
| 2018 | 1303629000000 | 11% | 37% |

CE QU’IL FAUT RETENIR
- Le coût des évacuations sanitaires à l’étranger a représenté en 2019 presque la totalité du budget de la santé de l’exercice. Les critères de cette prise en charge par l’État ne sont pas connus.
- Le décret 2013-691 du 21 octobre 2013 crée un hôpital réservé au Président et à sa famille. Cet hôpital inauguré en 2015 est demeuré inutilisé avant de faire l’objet en 2021 d’une rénovation pour un coût de quatre milliards deux cents millions de FCFA.
- Il y a trois principales fondations nationales qui s’occupent aussi de santé. La Fondation Congo Assistance créée par Madame Sassou Nguesso est la plus ancienne et déclare pour donateur/partenaire des entreprises du pétrole ; la Fondation Génération à Venir de droit suisse et congolais dont Edgar Nguesso est le président d’honneur et la Fondation Perspectives d’avenir fondée par Denis Christel Sassou Nguesso. Les sources de financement des fondations d’Edgar et de Denis Christel sont inconnues.
- ASPERBRAS Congo, une entreprise n’ayant aucune expérience précédente dans la construction d’hôpitaux, a été désignée en 2014 pour le plus ambitieux projet du Ministère de la santé depuis les indépendances. Les chantiers devaient être exécutés en 37 mois pour un montant de 30 milliards de FCFA, soit environ l’équivalent de 25 % du budget santé de l’année 2015. Malgré une rallonge budgétaire de cinq cents milliards de FCFA allouée pour la poursuite des travaux de construction en 2022, le projet n’est toujours pas achevé.
- RAYZONE GROUP : pour un montant de quatre cent quarante-quatre millions trente mille FCFA, soit environ 2 % du fonds Covid, le ministère a commandé une application de géolocalisation Covid à cette société israélienne via Chérif Aidara, l’époux de la ministre Lydia MIKOLO. Malgré un acompte de 100 % avant livraison au 28 mai 2020, il n’y a aucune trace en date de mars 2024 de déploiement ou de livraison de l’application.
- PAMI Partner, anciennement Serenity Spa, est une société suisse appartenant à Judicaelle Mouandinga Darboux Okemba, la fille de Jean-Dominique Okemba, le patron des services secrets congolais et président du conseil d’administration de BGFI Congo. En 2022, le rapport annuel de la Direction générale du contrôle des marchés publics mentionne Pami Partner dans la liste des marchés accordés pour un montant total de 2 880 203 909 FCFA, soit environ 4 757 411 USD. En comparaison, le budget annuel du CHU de Brazzaville est de cinq cents millions de FCFA.
- Les entrepreneurs fantômes : Ils s’appellent M2R-COMPANY M.C., KOUMOU CONSTRUCTION KC SARLU, B.D. COM SARL, MAISON AUBAINE M.A S.A.R.L.U, Natalia Sarlu, Solution Juste Confort, Pierre Anne Construction, etc. Il n’y a dans la majorité des cas aucune trace publique de contrats, d’appels d’offres ou d’activités antérieures.
- Le cartel pharmaceutique : Biocare Congo, Laborex Congo, Ubipharm Congo et Société Equatoriale Pharmaceutique… À l’exception de Biocare Congo qui semble être une filiale de NG Group, la société de Claudia Sassou Nguesso, les principaux grossistes répartiteurs sont contrôlés par CFAO Healthcare. Ubipharm Congo est dirigé par Hyacinthe Ingani, un député PCT.
- En qualité de grossiste-repartiteur des produits Mérieux et Baxter, LABOREX CONGO et la SEP auraient participé dans les années 1980 au déstockage du sang contaminé vers le Congo.
- En 1989, le Congo, bastion de Laborex, était le pays d’Afrique le plus affecté par le VIH avec 62,5 cas pour 100 000 habitants ; un scandale du sang contaminé occulté ?

CARTHOGRAPHIE DES ACTEURS
Le calendrier de passage 2022 des dépenses sociales en instance de paiement par le ministère de la Santé et de la Population (MSP) nous permet d’extraire une première liste de 34 entreprises du secteur de la santé. Nous remarquons en premier lieu la participation de la Fondation Génération à Venir d’Edgard Nguesso, qui n’est autre que le neveu du président.
Ensuite, nous retrouvons Pami Partners de Judicaelle Mouandinga Okemba, fille du chef des services secrets Jean-Dominique Okemba, et le réseau UBIPHARM dirigé par Hyacinthe Ingani, député PCT et frère de la ministre Ingani, qui sont également présents.
Sur l’ITEM activité pour la santé humaine et l’action sociale, le fichier national des entreprises du Congo le plus récent du ministère de l’Économie recense 198 entités au trimestre 3 de 2023.
Cet ITEM regroupe aussi bien les cliniques privées, les laboratoires d’analyse que les entrepreneurs du secteur de la santé numérique comme l’ETS SYNWELL de Habib Cyril Nguesso.
Comme le soulignent les comptes de la santé que nous avons examinés, le premier poste de dépenses de santé est les évacuations sanitaires à l’étranger.
Il reste impossible de savoir sur quels critères sont attribuées ces prises en charge d’évacuation à l’étranger.

L’urgence médicale au regard des carences des plateaux techniques locaux ? La parentèle et la clientèle politique ? Un marché noir des places à l’évacuation ?
Pour l’année 2022, parmi les dépenses en instance du MSP, on compte 48 évacuations prises en charge, dont celle de personnalités comme Philippe Mvouo, patron du Conseil supérieur de la liberté de la presse, le défunt ministre Coussoud Mavoungou ou encore Eugène VItal, fils aîné de Maurice Nguesso.
En compilant les montants des évacuations à partir du mandat opération réceptionné par nature du budget exercice 2019, nous obtenons l’estimation de cent quarante-trois milliards neuf cent quatre-vingt-dix millions quatre cent cinquante-sept mille huit cent vingt-trois FCFA (143 990 457 823).
Cela représente presque la totalité du budget de la santé de l’exercice.
Ce qui constitue une confirmation des propos du rapport Compte de la santé 2016-2018.
Les principaux hôpitaux du pays sont en situation chronique de faillite budgétaire.
En 2018, selon les chiffres du principal syndicat du secteur, ils cumulent les arriérés de salaire suivants :
| NOM DE LA STRUCTURE | SITUATION |
|---|---|
| Hôpital de Loandjili de Pointe-Noire | 7 mois de salaires impayés pour une masse salariale de 200 000 000 FCFA par mois. |
| Hôpital de Dolisie | 21 mois d’arriérés de salaire impayés |
| Hôpital 31 juillet d’Owando | 10 mois de salaires impayés pour une masse salariale de 3 800 000 FCFA |
| CHU de Brazzaville | 5 mois de salaires impayés avec une masse salariale de 898 989 570 FCFA. |
| CNTS (Centre national de transfusion sanguine) | 8 mois de salaire impayés avec une masse salariale de 90 000 000 FCFA. |
Chiffres 2018 du syndicat santé FENASAS
Pour comparaison, l’appartement de New York de Claudia Sassou d’une valeur de 6 millions d’euros couvrirait à lui tout seul 20 mois de salaire de l’hôpital de Loandjili. En 2020, la COVID-19 est rapidement devenue une nouvelle opportunité d’enrichissement avec des détournements des dons et des marchés de gré à gré non exécutés.
Les maladies infectieuses et parasitaires comme le paludisme constituent le premier poste des dépenses de santé des Congolais. Pourtant, le programme de gratuité des soins du paludisme pour les femmes et les enfants est à l’arrêt. En 2018, le Congo a perdu le financement du Fonds mondial de lutte contre le VIH/SIDA, la TB et la malaria dans la composante paludisme du fait de sa classification comme pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure.
Toutefois, même durant la période d’éligibilité, le programme de gratuité n’atteignait que sporadiquement les populations ciblées. Par exemple, la gratuité des antipaludiques pour femme et enfants n’était pas disponible à Moyoundzi dans la région de la Bouenza.
À chaque livraison, les échantillons finissent chez les vendeurs de rue et deviennent donc payants selon les professionnels interrogés. Dans cette localité, il n’y a eu qu’une seule livraison en 2022 et aucune pour l’année 2024.
Dans la région de la Sangha, la situation est encore plus grave. Le programme de gratuité est quasi inconnu et n’a jamais été effectif dans les structures de santé.
En 2018, les causes de décès en période postnatale étaient : les infections (27,1 %), le paludisme (24,7 %), les infections respiratoires aiguës « IRA » (23,5 %), la gastro-entérite (11 %), la malnutrition (6 %), les malformations congénitales (1,8 %) et le VIH (1,3 %).
En ce qui concerne la mortalité juvénile, les principales causes étaient : le paludisme (54 %), les IRA (18,2 %), la diarrhée (16,9 %), la malnutrition (6,2 %), la méningite (2 %), le VIH (0,7 %) et les autres causes (2 %). Pourtant, comme la compilation le montre, la quasi-totalité du budget de l’année 2019 par exemple a été consacrée aux évacuations sanitaires des personnalités et de leurs familles sur des critères inconnus.
Ne pas combattre le paludisme qui est la première cause de mortalité des jeunes enfants est plus qu’une négligence, c’est du domaine du crime.

L’ÉTRANGE DÉCRET PRÉSIDENTIEL
On compte 324 centres de santé intégrés, 232 dispensaires, huit hôpitaux généraux et 31 hôpitaux de référence pour ce qui est du secteur public. À cela, on peut ajouter 54 cliniques privées dont certaines appartiennent à des membres de la famille présidentielle.
Pourtant, avec le décret 2013-691 du 21 octobre 2013, le Président Sassou Nguesso a créé la Direction générale des services de santé de la présidence de la République. Cette structure sanitaire comprend un secrétariat de direction, un service social, un service administratif et financier, un service du matériel et des approvisionnements, la clinique présidentielle et le centre médical.
Les deux structures de santé, la clinique présidentielle et le centre médical, ne se rattachent à aucun des districts sanitaires du ministère de la santé, elles dépendent directement du domaine présidentiel dirigé par Edgar Sassou Nguesso.
La Clinique présidentielle et le Centre médical sont donc de facto des établissements publics de santé hors catégorie. Au titre d’établissement public de santé, la clinique et le centre médical devraient être accessibles à tout citoyen suivant des critères d’urgence médicale uniquement, mais c’est à ce niveau que le décret prend une tournure étrange.
Le titre 2 est assez confus et laisse croire que la clinique est aussi accessible au personnel de la Présidence, mais il n’en est rien. Le titre règle en fait les attributions de la Direction générale des services de santé de la Présidence de la République.
« Elle » (la direction générale des services de santé de la Présidence de la République) est chargée, notamment, de :
- Assurer les bilans cliniques et paracliniques du Président de la République et de sa famille ;
- Assurer les soins médicaux du Président de la République et de sa famille ;
- Assurer les soins médicaux des personnels de la Présidence de la République ;
- Assurer les activités de médecine préventive et de médecine de travail aux personnels de la Présidence de la République ;
Dans son chapitre 5, le décret stipule que la clinique est exclusivement dédiée aux besoins médicaux du Président et de sa famille.

Chapitre 5 : De la Clinique présidentielle
Article 9 : la Clinique présidentielle est dirigée et animée par un médecin qui a le rang de directeur. Elle est chargée, notamment, d’assurer les bilans cliniques et paracliniques du Président de la République et de sa famille ;
- D’assurer les soins médicaux du Président de la République et de sa famille ;
- D’assurer, en cas de besoin, l’hospitalisation du Président de la République et de sa famille.
Article 10 : La clinique présidentielle, outre le secrétariat médical, comprend :
- Le bloc opératoire et la réanimation ;
- La radiologie ;
- Le laboratoire ;
- La pharmacie ;
- Les cabinets de consultations spécialisées ;
- Les salles d’hospitalisation.

Ce chapitre 5 du décret institut donc un hôpital personnel du président et de sa famille
Ce chapitre 5 du décret institue donc un hôpital personnel du Président sans définir ce que recouvre le terme « et de sa famille ». Alors que le pays consent à des investissements colossaux pour créer de nouveaux hôpitaux généraux, cette clinique du Président complètement équipée n’apparaît pas dans les comptes du budget de la santé. Ni dans les investissements, ni dans les charges.
Selon le rapport PCQVP Congo 2020-2022 sur le système de santé, l’hôpital de la Présidence a été construit en 2015. Inutilisé, il s’est dégradé ainsi que son équipement. Il a fait l’objet d’une reconstruction en 2021 pour un coût de quatre milliards deux cents millions de FCFA, un dépassement de 20 % du budget prévisionnel de trois milliards cinq cents millions de FCFA, soit seulement 6 ans après son inauguration. Comment comprendre cette dégradation accélérée de l’hôpital Présidentiel ?
En 2016, la clinique COGEMO, associée aux intérêts de Claudia Sassou Nguesso, s’améliore en acquérant une technologie d’imagerie de pointe.
En 2020, le médecin de la présidence, Alain Prosper Bouya, frère du ministre des grands travaux, fonde la clinique VERANO avec un équipement similaire à celui prévu pour l’hôpital présidentiel.
L’accaparement de son matériel au profit de tiers n’est-il pas la raison de la dégradation rapide de l’hôpital présidentiel ?
Le sixième chapitre spécifie que le centre médical assure les consultations médicales, les soins en ambulatoire pour le personnel de la présidence de la République, ainsi que les activités de médecine préventive et de médecine du travail.
Le centre médical est dépourvu d’un service de radiologie, de bloc opératoire et de réanimation ou de cabinet de consultations spécialisées.
Nous sommes face à une situation d’apartheid médical. La clinique dernier cri pour le président et sa famille d’un côté et le service minimum pour le personnel.
Que l’accès à cette clinique soit réservé au Président et à sa famille contrevient à la logique d’accessibilité pour tous les établissements publics de santé.
En 2016, 47 % des 5 millions d’habitants du Congo avaient moins de 18 ans et, selon la Banque mondiale, environ 44,5 % d’entre eux vivaient en dessous du seuil national de pauvreté.
Plutôt que d’investir dans une aile de pointe dans un hôpital public comme le CHU ou même l’hôpital militaire de Brazzaville, le Président a choisi de créer par ce décret un système de santé personnel pour lui et sa famille.
Pour le reste du personnel et des citoyens congolais, un système sanitaire payant, rythmé par les pénuries de réactifs, de médicaments, de médecins, d’eau potable et d’électricité.

FONDATIONS NATIONALES
Actrices du système de santé congolais, les fondations font partie des financements privés de la santé. Cependant, il est difficile de savoir comment elles se financent, car il n’existe aucun fichier national accessible où consulter leurs comptes annuels.
Selon le rapport Des comptes de la santé 2019-2020, la contribution financière des ONG et des fondations nationales au financement du système de santé a baissé de 8,9 % à 6,1 %, respectivement en 2018 et 2020.
Quand elles ne sont pas confessionnelles ou liées à des sectes, comme la fondation Paul Fleury qui recrute pour l’Église néoapostolique, une église millénariste suisse, les fondations nationales apparaissent comme des appendices philanthropiques des personnalités politiques. Elles servent au blanchiment réputationnel des personnalités et préparent des démarches électorales.

Les campagnes électorales sont souvent indissociables de campagnes de soins gratuits par des fondations de personnalités du Parti congolais du Travail. Une autre fonction des fondations, en plus du blanchiment réputationnel, serait d’être une « boîte à pots-de-vin » entre les personnalités et les entreprises, notamment du secteur pétrolier. La contribution à l’amélioration de la santé des citoyens congolais n’apparaît que comme un prétexte, tant les programmes de santé sont sporadiques et indexés sur le calendrier électoral.
En 2015, en plein débat sur le changement de la constitution, le programme Caravane Santé pour tous de la fondation Perspective d’avenir a sillonné le pays avec l’ambition d’accompagner le Chemin d’avenir, le projet politique du président de la République.
Cette confusion s’observe jusqu’au plus petit échelon : chaque député, directeur d’administration a désormais sa « fondation » pour se constituer une clientèle politique et, de temps en temps, se pique d’action sociale et sanitaire. On peut citer le cas de la Fondation Matété du sénateur indépendant du Niari, Jules Ignace Matété.
Dans le cadre de ce rapport, nous analysons les trois principales fondations nationales, Congo Assistance, Génération à venir et Perspectives d’Avenir.

CONGO ASSISTANCE
Dans le paysage congolais, la doyenne des fondations caritatives touchant au domaine de la santé est la fondation Congo Assistance créée et dirigée par la première dame, Antoinette Tchibota Sassou Nguesso. Cette Fondation aurait été créée en 1979 ou en 1984.
Il est impossible de trancher sur l’année, car il n’existe aucune trace de sa création dans les archives du Journal officiel de la République du Congo.
Est-ce vraiment une fondation de droit congolais ? La question se pose.
Il existe une trace de l’enregistrement d’une représentation en France de Congo Assistance en 1998 avec siège social chez Mme Moranga Clémentine, à Argenteuil.
La représentation Europe de Congo Assistance a longtemps été domiciliée au 153 rue de l’Université, 75007 Paris, mais il n’est pas sûr que ce bureau existe toujours.
Le conseil d’administration en 2017 était composé autant d’apparatchiks du PCT, de la famille de la première dame que de personnalités du monde du pétrole et du business congolais. On y trouve donc les oligarques du régime congolais : Hubert Pendino, conseiller du président Sassou, président de Socofran et de la Banque La Congolaise des Banques ; Aurelia Mendes, représentante de TRAFIGURA au Congo, Maxime Gandzion du scandale GUNVOR ; Goergette Okemba, la femme du patron des services secrets congolais, etc.

Le conseil d’administration en 2017 était composé d’apparatchik du PCT
À la Fondation, on retrouvait Martin ITOUA, président de la coordination des associations et réseaux de la société civile du Congo (CARESCO) et de la Fédération africaine des parents et étudiants (FAPE), ainsi que président de l’Association des parents d’élèves et étudiants du Congo (APEEC), décédé aujourd’hui. Paul Obambi, le chef de la chambre de commerce de Brazzaville, Dominique Picard, consul honoraire du Royaume Uni au Congo Brazzaville, et plusieurs «Femmes puissantes», principalement membres du PCT, étaient également présents. On comptait parmi elles Mme Charlotte Georgette MACKANDA OVOUNDA, identifiée comme Dame de compagnie des Nguesso, à la tête de l’association des Femmes Normaliennes de Mouyondzi, et mère africaine (tante) de Bruno Itoua, le premier président de la SNPC (Société Nationale des Pétroles du Congo), familier des paradis fiscaux.
L’une des principales administratrices de la fondation n’est rien d’autre que Blandine MALILA LUMANDE, la fille d’Antoinette Tchibota Sassou Nguesso.
C’est à cette fondation à qui ENI, dans le cadre des nouveaux contrats attribués à sa branche congolaise, mentionne dans son rapport avoir fait un don de 8,5 millions € en 2007.
En 2013, la Fondation finance pour 15 millions d’euros la création de l’institut cardiologique de Brazzaville du professeur Alain Deloche, président de l’ONG française La Chaîne de l’Espoir, soit un investissement équivalent à 2 % du budget de la santé de l’année 2015.
Nous n’avons trouvé aucune trace de mise en fonction de cet Institut.
Par Décret n° 2013-147 du 19 avril 2013, la fondation a été reconnue comme association d’utilité publique.
La fondation affirme être partenaire de : RENCO, PUMA ENERGY ou encore BUROTOP IRIS. Respectivement, le sous-traitant parapétrolier d’ENI, une société pétrolière impliquée dans le scandale DIRTY DIESEL et une société congolaise dont la fondation caritative est dirigée par Diana Rihan Attye.

GÉNÉRATION À VENIR
Le site Internet de cette fondation est hors service. La fondation a été déclarée en mai 2009 pour « accompagner l’action gouvernementale dans le processus de municipalisation accélérée amorcé par l’État » dans le domaine de la santé et de l’éducation. En 2013, la Fondation a offert dix ambulances pour les districts sanitaires de la région des plateaux.
En 2015, une association Miroir homonyme a été enregistrée en Suisse. Les deux associations, au Congo et en Suisse, sont présidées par Carombo Okounou, fils de l’ancien directeur général de la compagnie nationale LINA CONGO. Au côté de Carombo Okounou, il y a Edgard MBERE, fils du défunt médecin à la présidence Grégoire MBERE. Le duo Carombo et Mbere gèrent la fondation pour le compte du Président d’honneur Edgar Rufin Serge Nguesso.
Carombo Okounou est aussi le Président de l’ACNIC, l’agence congolaise qui gère l’attribution des noms de domaine en République du Congo (cg).
De manière répétée entre 2013 et 2019, Carombo Okounou a créé et dissout la société OXONOFF & CO LTD à Londres.

Bien que l’objectif de cette entreprise soit peu évident, Carombo en assume presque le contrôle avec Christian OTTA, un Britannique d’origine congolaise et patron de CNL Consultants à Créteil en France, ainsi que Lin Gerard Ganga-Zandzou, un citoyen allemand d’origine congolaise. Ce dernier, Lin Gerard Ganga-Zandzou est le représentant santé et bien-être pour le Congo Brazzaville du Denim Club G100, un groupe dirigé par l’indienne Docteur Harbeen Arora Rai où émarge notamment Jean Todt.
La Fondation a plusieurs activités caritatives, mais il a été impossible d’identifier une source de financement. Là où, pour la fondation Congo Assistance, l’implication des pétroliers RENCO, PUMA est visible, pour la fondation d’Edgar Rufin Serge Nguesso, on ne sait pas comment elle se finance.
En revanche, au-delà du secteur sanitaire, la Fondation Génération à venir a fait plusieurs dons à l’école canadienne de Brazzaville, une structure d’éducation privée. Pour l’inauguration de l’école, c’est Edgar Nguesso au côté du ministre tutélaire qui est mis en lumière sur la page Facebook de l’école. En l’absence d’information sur le site Internet, de publication au journal officiel, il a été impossible d’identifier la direction de l’école. Tout ce qui apparaît, c’est que le nom de domaine ecolecanadienne.com de l’école a été enregistré aux USA par la société Privacy Protect, LLC.
La confusion est telle qu’il faut se demander si l’école canadienne de Brazzaville n’est pas la propriété d’Edgar Nguesso ? Une grande opacité entoure cette probable émanation de la Fondation.
Edgar Nguesso a été mis en examen en 2017, pour « blanchiment de détournement de fonds publics ». Son appartement, un triplex à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), France, a été saisi par la justice.

PERSPECTIVES D’AVENIR
C’est la plus récente des trois principales fondations nationales. Elle est enregistrée sous le récépissé numéro 246 du 13 mai 2015 pour participer au développement durable dans les secteurs de l’enseignement, de la culture et de la santé.
Pourtant, la presse locale se fait écho des activités de cette fondation dès l’année 2014. Cette incohérence pourrait s’expliquer par la lenteur administrative. Cependant, le journal Les dépêches de Brazzaville assure qu’elle a été créée en 2011 par le fils du Président, Denis Christel Sassou Nguesso.
La fondation a pour directeur exécutif Monsieur Okoko-Esseau, conseiller politique du président de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale et secrétaire général exécutif de la Commission épiscopale pour les migrants et les réfugiés (CEMIR).
Lancé en 2015, le programme sanitaire phare de la Fondation est dirigé par le docteur Florent-Aimé Bembé. Le président de la fondation, Denis Christel Sassou Nguesso dit Kiki le pétrolier, est membre du bureau politique du Parti congolais du Travail et député à l’Assemblée nationale où il ne siège plus depuis sa nomination comme ministre dans le gouvernement de son père. Denis Christel est aussi administrateur de la Société nationale des pétroles du Congo.

À travers son directeur exécutif, Abraham Roch Okoko-Esseau, la fondation a dans sa sphère d’influence Monseigneur Daniel Minzonzo, président de la Conférence des évêques du Congo. Cette influence se reflète en particulier dans la participation de l’Église au programme d’éducation vocationnelle de la Fondation.
En ce qui concerne le programme santé de la Fondation, il n’existe pas de rapport chiffré ou d’explication sur l’origine des fonds.
Le directeur du programme, le docteur Florent Aimé Bembé, est un biologiste pharmacien militaire formé à l’école de médecine militaire navale de Bordeaux en France et officiellement scientifique du laboratoire médical de l’hôpital militaire de Brazzaville.
Comme le président de la fondation Denis Christel Sassou Nguesso, le docteur Bembé, AET matricule 979, est un ancien de l’école préparatoire militaire générale Leclerc de Brazzaville. De cette camaraderie militaire résulte peut-être la confiance que Denis Christel Sassou-Nguesso lui accorde au sein de la Fondation.
Curieusement, l’adresse brazzavilloise de la fondation est aussi le siège d’EDS Pharma, un grossiste, fabricant et distributeur de produits pharmaceutiques. Cette société pharmaceutique est dirigée par le Docteur Bembé. Les activités du docteur Bembé sont encore plus variées. Il apparaît comme président honoraire d’associations politiques, notamment la dynamique des jeunes de Poto-Poto en soutien au chemin d’avenir (le projet de société du président Sassou en 2009) et Les Messagers et défenseurs de la paix au Congo, une association pour le changement de la constitution de 2015.

En 2016, la fondation a dépensé la somme de 80.000 USD en frais de lobbying auprès de la firme Squire Patton Boggs.
En 2016, la fondation a dépensé la somme de 80.000 USD en frais de lobbying auprès de la firme Squire Patton Boggs. Les lobbyistes chargés du portefeuille étaient Michael Driver, Meg Gilley et Laura Klick. La lobbyiste Laura Klick avait été stagiaire juridique près le tribunal de district des États-Unis pour le district de Columbia et Meg Gilley assistante juridique et assistante personnelle principale du Congressman Jack Kingston, président de la fondation du Parti républicain de Géorgie, la branche du GOP chargée des collectes de fonds et conseiller principal et porte-parole de la campagne de Donald Trump en 2016.
L’action des lobbyistes n’est pas détaillée. Le contrat des lobbyistes a consisté à faire le plaidoyer pour les activités de la fondation et de son président auprès de membres du Congrès américain et d’organisations comme le NDI.
En 2017, à l’invitation de Global Health Catalyst, une structure où siège le dirigeant de Constituency for Africa Melvin P. Foote, la fondation de Denis Christel Sassou Nguesso a participé au Sommet mondial de la santé à Boston. La délégation était conduite par le Dr Aimé Bembé.
Affichant Chevron comme partenaire de son think tank Constituency for Africa, Melvin P. Foote a été dès fin 2016 le principal chef d’orchestre des aventures de Kiki le pétrolier en Amérique.
Denis Christel Sassou Nguesso fait l’objet d’une instruction judiciaire en France dans le cadre de l’affaire Des biens mal acquis. Plusieurs rapports de Global Witness notamment ont révélé les mécanismes de son enrichissement illicite. En 2021, sa femme Nathalie Boumba a plaidé coupable devant un tribunal de Floride, dans l’affaire du penthouse de Miami d’une valeur de 2,8 millions USD.
Au moment de l’écriture de ce rapport, le site internet de la fondation http://www.perspectivesavenir.ong était hors service et la page Facebook officielle inactive depuis 2021. La Fondation semble donc aujourd’hui en sommeil.

ASPERBRAS CONGO
L’entreprise qui a le plus bénéficié des investissements publics dans la santé sur la période 2014-2020 est la société ASPERBRAS. Elle a et semble toujours être chargée de la construction des 12 hôpitaux généraux, dont l’hôpital Edith Lucie Bongo Ondimba d’Oyo.
Les chantiers lancés depuis février 2014 devaient être exécutés en 37 mois pour un montant de 30 milliards de FCFA, soit environ l’équivalent de 25 % du budget santé de l’année 2015.

ASPERBRAS N’A AUCUNE EXPERTISE ANTÉRIEURE DANS LA CONSTRUCTION D’HÔPITAUX
Asperbras est une société congolo-brésilienne précédemment dirigée par le sulfureux agent sportif portugo-bresilien et congolais José Veiga. D’après plusieurs enquêtes de Global Witness et de la justice portugaise, Asperbras et José Veiga ont été impliqués dans de la corruption d’agents congolais et du blanchiment.
Le 29 mars 2024, selon le dossier d’accusation USA contre Nguesso concernant la confiscation du Condo New York Trump Tower :
« Vers novembre 2013, Asperbras LLC, une filiale du groupe Asperbras basée dans le Delaware, a facturé environ 491 millions d’euros à la Délégation Générale des Grands Travaux congolaise (DGGT), une partie du ministère congolais de l’Aménagement du territoire, pour des services rendus.
– À l’époque, 491 millions d’euros équivalaient à environ 658 millions de dollars. Aux alentours du 28 novembre 2013, un compte bancaire appartenant à Asperbras LLC au Portugal, auprès de la banque Banco Espirito Santo (« BES »), a reçu un virement d’environ 491 millions d’euros. Ce virement comportait des instructions qui semblaient faire référence à la Direction générale du Trésor congolaise, ou « Direction générale du Trésor », une autre agence publique. Avant ce transfert, Asperbras LLC disposait de moins de trois mille dollars sur son compte bancaire BES.»
José Veiga, alors directeur d’ASPERBRAS Congo, a acheté pour Claudia Sassou Nguesso un appartement d’une valeur de 7 millions de dollars dans la Trump Tower de New York.
L’achat de l’appartement pourrait être une tentative en 2014 d’obtenir le soutien du Parti républicain et de son étoile montante, Donald Trump, à la veille du changement constitutionnel de 2015.

L’appartement n’a jamais été occupé ; il aurait donc atteint son objectif de financement secret de la campagne du candidat Trump.
Selon les rapports de Global Witness et les publications du journal Le Monde, les bénéficiaires de la corruption par Asperbras et José Veiga ont été Denis Christel Sassou Nguesso, Claudia Sassou Nguesso et le ministre des Finances de l’époque, Gilbert Ondongo.

QUI EST LE VÉRITABLE PROPRIÉTAIRE D’ASPERBRAS CONGO ?
C’est donc à une société sans réalisation précédente dans la construction d’hôpitaux et dont le dirigeant est poursuivi pour blanchiment d’argent que les autorités congolaises ont confié le plus ambitieux projet d’investissement dans la santé depuis les indépendances.
Selon le rapport PCQVP-Congo 2020-2022 sur le système de santé, les chantiers de Loango, Pointe-Noire (PATRA) et Djiri-Brazzaville n’ont connu qu’un taux d’exécution de 26,8 %. Le budget de cinq cents milliards de FCFA alloué pour la poursuite des travaux de construction des 12 hôpitaux est noté comme décaissé à 91,40 %, mais non exécuté par l’opérateur Asperbras Congo.
La société est domiciliée au 129, rue de Reims, rond-point Poto-Poto Brazzaville qui est aussi l’adresse de Leonardo Bosso Belussi, son dirigeant.
Comme le précise le Journal officiel du 5 septembre 2013, Leonardo Bosso Belussi est désigné le 27 juin 2013 comme administrateur d’une filiale Asperbras Véhicules Congo.
Le 4 juillet 2013 est incorporé aux îles vierges britanniques la société Stallbridge Finance, toujours active en mars 2024 et propriété de Francisco Donizetti Belussi, le père et son fils Leonardo Bosso Belussi.
Au Brésil, le père et le fils apparaissent comme administrateurs d’une société familiale, BELUSSI CONSULTORIA EM GESTAO EMPRESARIAL LTDA.
Il n’est pas précisé le lien entre la structure au Brésil, celle des îles Vierges britanniques et Asperbras au Congo.
Toutefois, le 23 décembre 2020, dans le journal de la Semaine africaine, il est notifié l’absorption de Asperbras LTD Sarlu de droit congolais dirigée par Bosso Belussi Leonardo par Asperbras LTD BVI dirigée par GERALDO Hypolito Kulaif. Asperbras BVI est, comme par coïncidence, à la même adresse que StallBridge Finance.

Enfin, à Londres est enregistrée Asperbras Development LLC avec comme dirigeants Geraldo Hypolito Kulaif, José Roberto Colnaghi et Asperbras LTD Sarlu, la branche congolaise.
Dans le rapport financier 2022 de Asperbras Development LLP, la société admet avoir détenu des billets de prêt dans une entité luxembourgeoise qui a fait l’objet d’une procédure d’insolvabilité en 2014.
Commencé en 2014 et prévu pour une durée de 37 mois, le projet des 12 hôpitaux généraux par Asperbras est un puits sans fond des finances publiques congolaises. Les premiers ouvrages, inachevés/inutilisés, tombent déjà en ruine et des rallonges budgétaires sont décaissées, mais l’opérateur n’exécute rien.
Il est incompréhensible que les ministres de la Santé successifs n’aient pas retiré à l’opérateur défaillant ce projet.

RAYZONE GROUP
Les marchés de gré à gré et/ou par entente directe semblent avoir été une pratique commune de la ministre Lydia Mikolo lors de son passage au ministère de la Santé. Par exemple, un prestataire, Natalia Sarlu, non répertorié dans le fichier national des entreprises du Congo et dont le dossier de soumission indique n’avoir qu’un employé, se voit attribuer un marché par entente directe avec la ministre pour un montant de 78 millions FCFA. La gérante Mireille Nathalie Onani est un véritable fantôme administratif et son entreprise n’a aucune trace d’activités précédentes dans le domaine de la santé. Un autre marché de gré à gré impute 490 millions FCFA au fonds Covid-19 au profit de la pharmacie Cristale et de son gérant Philippe Ludovic Ambeto. Le marché concerne une fourniture de thermomètres et de kits anti-COVID.
| Sources | 2020 | % |
|---|---|---|
| Administration publique | 8 075 569 561 | 29% |
| Entreprises | 1 698 069 474 | 6% |
| ONG et Fondations nationales | 1 028 860 891 | 4% |
| Reste du monde | 16 736 011 768 | 61% |
| Total | 27 538 511 694 | 100% |
| Coronavirus en % DCS | 12% |
source : rapport des comptes de la sante 2019-2020
C’est peut-être une coïncidence que la pharmacie Cristale soit à la même adresse que le siège de Asperbras Congo, 129 rue de Reims. Philippe Ludovic Ambeto est aussi le propriétaire depuis une décennie des laboratoires LUPHA, fabricants de compléments alimentaires et d’aphrodisiaques. Nous sommes bien loin des maladies respiratoires et du coronavirus.
Cette pratique de l’appel d’offres par entente directe et gré à gré est en soi déjà problématique, mais quand en plus le soumissionnaire et le bénéficiaire n’est rien d’autre que l’époux de la ministre, on entre dans un conflit d’intérêts complet.

CHERIF AIDARA EST AUSSI ET SURTOUT L’EPOUX DE LA MINISTRE
Pour un montant de quatre cent quarante-quatre millions trente mille FCFA, soit environ 2 % du fonds Covid, le ministère a commandé une application de géolocalisation Covid à la société israélienne Ray Zone Group représentée par Chérif Aidara, l’époux de la ministre. Sur la facture, un acompte de 100 % avant livraison au 28 mai 2020. De livraison ou de déploiement, aucune trace en date de mars 2023. L’application n’a jamais été reçue ni déployée. La société Rayzone Group représentée par Cherif Aidara, l’époux de la ministre, appartient à Bar Zakhai Hasidoff Yochai, Yaron El Rum import et export Ltd., I.R Intertrade Ltd avec comme directeurs Bar Zakhai Hasidov Yochai, El Rom Yaron, Reshef. Eran Baruch et Caspi Matán. Son dirigeant principal Bar Zakhai Hasidov est un ancien commandant adjoint de l’unité de renseignement électromagnétique 8200 de Tsahal. En 2011, Matan Caspi et Eran Reshef ont été impliqués dans la propagation de la technologie Pegasus à l’armée d’un pays étranger, avec la complicité d’un homme d’affaires étranger reconnu coupable de corruption, dont le nom est protégé par une ordonnance d’un tribunal israélien. C’est donc à une société de cyber surveillance du complexe militaro-industriel israélien que la ministre Mikolo a commandé un logiciel de tracking COVID-19.
En termes simples, la technologie de RayZone est un outil permettant de localiser une personne ou un groupe de personnes sur une base géographique. Le logiciel Echo développé par l’entreprise profite du fait que lorsqu’une personne utilise Internet sur son téléphone mobile, elle laisse des repères de localisation.
Rayzone sait comment accéder à ces informations, et le logiciel Echo qu’elle a développé sait relier les points de repère pour identifier l’emplacement de la cible dans l’espace ou la trajectoire de son mouvement.
Ce contrat en 2020 à l’approche de l’élection présidentielle de 2021 interroge encore plus sur ses véritables objectifs.
Le caractère invasif du logiciel et la réputation des dirigeants de Rayzone ne plaident pas en faveur d’un respect de la confidentialité des communications et des données d’éventuels utilisateurs dudit logiciel COVID-19.
Il y a là une véritable atteinte à la sécurité intérieure de l’État si un tel logiciel a été ou est déployé sur les infrastructures de télécommunication du pays.

PAMI PARTNERS
« Les ruptures alimentent un marché noir mafieux dans les grandes villes, avec des prix qui explosent (15 000 FCFA [environ 23 euros] en moyenne pour une boîte d’ARV, contre 5 000 FCFA [environ 8 euros] avant la gratuité des ARV dans le pays). » On constate une corruption des pharmacies publiques qui fournissent leurs proches en premier ou vendent les ARV à des prix prohibitifs (100 000 FCFA la boîte [152 euros]) et des circuits d’approvisionnement parallèles via les pays voisins. » – Prabonnaud, F. (2017, octobre 11). Au Congo-Brazzaville, les ruptures de stock d’ARV, un mal chronique. Sidaction.
Pami Partners apparaît à six occurrences dans le calendrier de passage par dépenses sociales 2022 du MSP pour les frais relatifs à l’acquisition des antirétroviraux (ARV) au profit de la centrale d’achat. Il est troublant que la centrale d’achat de médicaments, dont c’est la mission principale, délègue à une société inconnue du fichier national des entreprises du Congo le plus récent, son approvisionnement en antirétroviraux.
En 2017, une enquête du magazine Transversal rapportait que les pénuries d’ARV étaient chroniques et généraient un marché noir aux dépens des personnes vivant avec le VIH.
Les ruptures sont le résultat de la « mauvaise gouvernance et de la non-priorisation de l’allocation des budgets nationaux vers l’achat rationnel de médicaments ».

À l’été 2017, toujours selon l’enquête du Magazine Transversal, le gouvernement a accepté de débloquer des fonds et a passé une commande d’environ 500 millions de FCFA (760 000 euros) d’ARV à la fondation IDA. En 2018, le pourcentage de sites de traitement en rupture de stock d’un ou de plusieurs médicaments antirétroviraux nécessaires était de 95,9 %, selon le rapport Pays de UNAIDS.

Judicaelle Prudence Mouandinga Okemba Darboux est la fille du patron des services secrets congolais et neveu du Président Sassou Nguesso, l’Amiral Jean Dominique Okemba.
Pami Partners est une société de droit suisse précédemment connue jusqu’au 1er mars 2022 sous le nom de Serenity Cosmetics Suisse SA. Une entreprise qui gérait le SPA et distribuait des produits cosmétiques à Brazzaville. Elle appartient à Judicaelle Prudence Mouandinga Okemba Darboux, la fille du patron des services secrets congolais et neveu du président Sassou Nguesso, l’amiral Jean-Dominique Okemba. Dans le rapport Assets Abound, nous avions déjà retracé une acquisition immobilière de Judicaelle Okemba à Dubaï. La fille du puissant patron des services secrets est aussi au conseil d’administration de la société de télécommunication sud-africaine TELEO, au côté de noms prestigieux comme Cheikh Modibo Diarra, Américano-Malien retraité de la NASA. À Brazzaville, Pami Partners est domiciliée au 29 bis de la rue Mbochis à Brazzaville, une adresse en partage avec un avocat, Maître Awola Nestor. Pami Partner a organisé les 25 et 26 février 2024 « un sommet africain de la finance, de la banque et de la digitalisation ». Nous sommes très loin de l’approvisionnement des ARV.
Judicaelle gère aussi au 108 Rue de la Musique Tambourinée, Brazzaville, République du Congo, la société SERENITY CONGO SARLU qui a selon le site Dun & Bradstreet, un chiffre d’affaires de $1.61 millions. Jean-Dominique Okemba, le père de Judicaelle, est aussi président du conseil d’administration de la principale banque locale, la BGFI CONGO.

Judicaëlle Okemba a présenté ses sociétés Serenity Spa et Cosmetic Line – Serenity Cosmetics lors d’une soirée de lobbying organisée par Courville Consultants LLC le 27 mai 2016 à Washington. Cette soirée a été financée par l’ambassade du Congo à Washington pour un montant total de 28 000 USD. Elle s’est adressée aux diplomates de la capitale américaine.
À la même période, le régime bombarde la région du Pool depuis avril 2016 et séquestre le candidat à l’élection présidentielle Jean Marie Michel Mokoko.
Il est à noter la présence de Jesse Jackson à ce gala, mais aussi de l’ambassadeur du Bénin Omar Arouna. Entre le Révérend Jackson et la République du Congo, les liens sont anciens et profonds.
En 1986, alors que le président Reagan se refusait à recevoir le président Sassou Nguesso, c’est Jesse Jackson, son visiteur régulier à Willard Hotel, qui s’en offusqua via ses contacts dans la presse américaine en des termes aux relents antisémites :

Jesse Jackson se demande si on traiterait un dirigeant israélien de cette manière. La réponse est non : ne serait-ce que parce que cela offenserait les Juifs américains.
Pour Jesse Jackson, Denis Sassou Nguesso, ignoré de la « presse blanche », était un sponsor et un soutien de la cause noire, plus précisément de sa cause.
En 2021, le Révérend reçoit la visite de Brice Dimitri Bayendissa, député PCT et directeur de campagne du président Sassou Nguesso.
Nous avons identifié deux employées de Pami Partners, Christelle Nanda et Christelle Jomotia, peut-être s’agit-il de la même personne. Ces employées sont aussi commerciales d’une autre structure qui appartiendrait au clan Okemba, la société Le Trefle SA.
Cette société immobilière commercialise des appartements de luxe dans la Moabi Tower, un immeuble résidentiel R+10 de haut standing en plein cœur de Brazzaville, qui propose 28 appartements dont 2 penthouses.
Sur la question des ARV, il n’y a pas d’appel d’offres ou de marché attribué de gré à gré. Cependant, le rapport annuel de la Direction générale du contrôle des marchés publics pour 2022 mentionne l’attribution de contrats à Pami Partner pour un montant total de 2 880 203 909 FCFA, soit environ 4 757 411 euros. En comparaison, le budget annuel du CHU de Brazzaville est de cinq cents millions de FCFA.
Le contrat entre Pami Partner et le Ministère de la Santé est introuvable.
Les trois contrats accordés à Pami Partners pour l’achat d’équipements d’imagerie n’ont pas été réalisés.
Le taux de décaissement est de 55,10 % du budget de cinq cents millions FCFA pour chaque contrat, selon les chiffres de la direction générale du contrôle des marchés publics et du rapport PCQVP Congo 2020-2022 sur le système de santé.
Le rapport PCQVP Congo 2020-2022 sur le système de santé est aussi complètement muet sur l’exécution de la fourniture des ARV.

LES ENTREPRENEURS FANTÔMES
On ne trouve rien ou presque sur ces entreprises. Bien que citées comme bénéficiaires d’un contrat avec le MSP en attente de paiement en 2022, ils sont presque tous absents du fichier le plus récent du Répertoire national des entreprises du Congo. Ils s’appellent M2R-COMPANY M.C., KOUMOU CONSTRUCTION KC SARLU, B.D. COM SARL, MAISON AUBAINE M.A S.A.R.L.U, Natalia Sarlu, Solution Juste Confort, Pierre Anne Construction, etc. Il n’y a dans la majorité des cas aucune trace publique de contrats ou d’appels d’offres.

Une livraison avec plus de cinq ans de retard et pas toujours conforme
Le 20 septembre 2021, Le Patriote, un journal connu pour sa proximité avec le régime en place, a indiqué que Solution Juste Confort, dirigée par Juste Simplice Okabé, a fourni au MSP du matériel médico-technique pour un montant de 80 millions de FCFA. Ce matériel comprenait des tables d’examen, des lits d’hospitalisation complets, des lits d’accouchement avec accessoires, des pèse-bébés métalliques, des chariots médicaux, des microscopes binoculaires mixtes, etc. Du matériel livré avec plus de cinq ans de retard et pas toujours conforme selon les membres du comité de réception. Aucune sanction, amende ou retrait du marché pour cause de livraison en retard, incomplète et non conforme, le MSP ne se défend pas face à un opérateur visiblement défaillant. Est-ce en raison de sa parenté avec l’ancien ministre Saturnin Okabé ? Dans la liste des marchés approuvés en 2022, M2R-Company et Pierre-Anne Construction émargent respectivement pour plus d’un milliard de FCFA au budget du ministère de la Santé.
L’entreprise Natalia Sarlu est le seul cas où il existe un appel d’offres de soixante-dix-huit millions de FCFA du Fonds Covid signé par la ministre Lydia Mikolo.
En dehors de cet appel d’offres par entente directe, aucune trace de cette société. Rien dans le fichier national des entreprises, rien dans le Journal officiel, rien aussi sur sa dirigeante Nathalie Mireille Onani.
L’adresse de Natalia Sarlu rue Moukoukoulou correspond à un domicile privé gardé par des gendarmes. Il s’agirait du domicile d’un officiel du régime que nous n’avons pas pu formellement identifier.
Tout ce que nous savons pour l’instant est que Natalia Sarlu a été créée en 2011 à Brazzaville. La société a pour siège le 2006 rue Moukoukoulou, Moungali, Brazzaville.
Sa dirigeante, Natalie Mireille Onani, est née en 1985 à BOUNDJI. La société n’a officiellement qu’un seul employé et est spécialisée dans les travaux de construction ou de gros œuvre.
Nous sommes loin de l’approvisionnement en lits d’hôpital, en matelas médical et en pieds à sérum.
Le rapport PCQVP Congo 2020-2022 sur le système de santé mentionne l’exécution en avril 2021 pour un montant de deux cent cinquante millions de FCFA d’une commande du Centre de transfusion sanguine par le fournisseur WAGENIA.
La décision d’attribution à cette société n’est pas disponible et son site Internet ne mentionne aucun nom de dirigeants.
La société Wagenia est dirigée par Camille (ou Kamil ?) Sarkis, selon une note de bas de page du rapport The Business of Health in Africa de l’International Finance Corporation.
Cette note est confirmée par le registre de commerce français qui liste à Puteaux la société Wagenia dirigée par Camille Sarkis de nationalité libanaise avec résidence à Kinshasa, avenue de Wagenia.
Camille Sarkis est supposé être le fils de Sarkis Garabet Soghanalian, également connu sous le nom de Serge Soghanalian. Ce dernier était l’un des plus importants marchands d’armes de l’époque contemporaine.
Ses livraisons, en collaboration avec celles de Victor Bout via Kinshasa et le Gabon, ont joué un rôle déterminant dans la victoire militaire des milices Cobras de Sassou Nguesso lors de la guerre civile de 1997.
La société utilise les services de la BYBLOS BANK EUROPE SA à Bruxelles où le marchand d’armes avait ses bureaux.
Au conseil d’administration de cette banque siège Dirk Vermeiren, manager senior de la logistique monde du laboratoire Baxter — tristement célèbre pour l’affaire du sang contaminé —.
En l’absence d’un document de recettes et d’images, on ne peut pas dire si la livraison d’avril 2021 en pleine élection présidentielle par WAGENIA est du matériel médical ou des armes en prévision d’éventuels troubles.

LE CARTEL PHARMACEUTIQUE
Un ancien directeur général d’une société d’eau minérale, une filiale d’un conglomérat algérien, des statuts et un dirigeant fantôme : Dès qu’on s’approche du secteur pharmaceutique congolais, on est face à une opacité digne de la forêt vierge.
Selon la réglementation, le réseau privé de distribution des médicaments s’organise en deux niveaux : les grossistes répartiteurs et les détaillants.
Le rapport de la Revue du secteur de la santé d’août 2018, liste Sept (7) grossistes répartiteurs : SEP (Société équatoriale pharmaceutique), LABOREX, UBIPHARM-CONGO, PHARMACREDIT, ZENUFA, EDS PHARMA et ROFFE PHARMA. Le rapport ne précise ni qui dirige ses sociétés, ni qui les possède.
Encore plus opaques, elles sont toutes absentes du dernier fichier national des entreprises du Congo. À ce listing de sept grossistes répartiteurs, il faut ajouter au moins une entreprise, le laboratoire Biocare dirigé par un « fantôme », Jacques Bandelia. En effet, ce nom n’apparaît qu’une fois, dans un article des dépêches de Brazzaville. Aucune photo de ce dirigeant, aucune mention dans le Journal officiel, rien nulle part.

Le laboratoire Biocare produit des solutés massifs, en particulier les sérums glucosés isotoniques et salés.
Biocare est la seule société qui approvisionne le pays depuis la fermeture de LAPHARCO, précédemment LAPCO (laboratoire pharmaceutique du Congo).
Notre enquête interroge aussi le volet congolais de l’affaire du sang contaminé, donc de la prolifération du sida en République du Congo, et la participation possible des répartiteurs dans ce scandale, comme nous le verrons plus loin.

La disponibilité des médicaments était de 48 % en 2018 dans les hôpitaux de base.
La disponibilité des médicaments était de 48 % en 2018 dans les hôpitaux de base. Les pénuries sont récurrentes et profitent à un secteur informel dit pharmacie de rue. Même le Centre national de transfusion sanguine n’échappe pas aux pénuries de réactifs, ce qui rend impossible son travail de contrôle et de fourniture de produits sanguins.
Selon une étude technique de la Banque mondiale sur le secteur privé pharmaceutique, ce secteur avait un chiffre d’affaires de plus de 42 milliards de FCFA en 2012.
Dans ce pays où les parasitoses sont endémiques et les diarrhées sont la troisième cause de mortalité infantile, les deux vermifuges de référence, le mébendazole et le métronidazole, sont vendues à un prix plus de 10 fois supérieur au prix de référence international.
Le rapport technique de 2007 sur le prix du médicament par l’OMS et le Ministère enfonce le clou. Le prix médian des médicaments innovateurs dans le secteur privé est de 33,99 fois supérieur au prix de référence internationale, avec un maximum à 106,95 fois pour Mébendazole.
Notre étude montre que le marché du médicament en République du Congo est un monopole de la CFAO à travers ses filiales.
Toutefois, il faut souligner l’existence de grossistes répartiteurs non répertoriés dans les rapports Compte de santé du ministère. Ces grossistes fabricants distribuent essentiellement des produits fabriqués en Inde.
Notre investigation n’a pas permis de savoir s’il exerce légalement en République du Congo. Enfin, il y a l’éternelle question des médicaments de la rue et contrefaits.
À Mouyondzi, les acteurs locaux nous ont confié que tous les vendeurs de médicaments de la rue étaient intouchables, car des partisans de Lydia Mikolo, l’ancienne ministre de la Santé.

Selon le rapport 2022 du Trésor français sur le commerce avec le Congo, les « instruments et appareils pour la médecine » représentent le second poste des importations du Congo (6,2 %), suivi des « médicaments » (2,4 %).
En 2022, les importations vers le Congo se sont élevées à 1 696,9 Mds, en hausse également (+ 50 %), contre 1 132,9 Mds FCFA en 2021.
Les données financières de tout le secteur pharmaceutique n’étant pas documentées, il est impossible de dire son chiffre d’affaires en 2024 et encore moins à qui profite cette manne.
Du fait du monopole CFAO, les médicaments princeps et génériques sont chers au Congo. Des prix jusqu’à cinq voire neuf fois le prix d’achat. En 2007, toujours selon le rapport technique du ministère de la Santé sur le prix des médicaments, le traitement de l’ulcère gastrique pendant un mois par des comprimés de ranitidine nécessitait 25,1 jours de salaire pour le princeps et 6,7 jours pour l’équivalent générique.
Le Congolais adopte donc trois principales stratégies : l’observance intermittente, le recours au médicament de la rue ou la médecine néotraditionnelle/confessionnelle.
- La première stratégie consiste à modifier sa prescription en ne prenant pas le traitement complet, mais uniquement ce qu’on peut acheter.
- La deuxième consiste à rechercher les équivalents dans la rue au risque d’ingérer de la contrefaçon et/ou des produits avariés, car mal stockés.
- La troisième implique de se tourner vers une médecine dite traditionnelle non régulée et où sévissent des charlatans et des religieux évangéliques.
Depuis quarante ans, malade, le citoyen congolais est réduit à se tourner vers la prière avec imposition des mains comme traitement en attendant des jours meilleurs.

LABOREX
C’est une entité complexe. Laborex ou CFAO HealthCare ? Elle est dirigée par Lisse Dossot. Un ancien registre des entreprises du Congo et un profil LinkedIn identifient plutôt NDOYE MOUSTAPHA comme directeur général et Didier TSOMAMBET comme directeur général délégué de Laborex Congo.
Le site Internet de Laborex permet d’y voir un peu plus clair. Créée en 1985, Laborex collabore avec le groupe Eurapharma qui est le pôle santé du groupe CFAO et a comme actionnaire minoritaire plus de 150 pharmaciens congolais. Qui sont ses 150 pharmaciens ? À qui appartient Eurapharma ?
Le directeur de Laborex apparaît en 1957 dans le journal officiel congolais comme expert en douane pour les matières propres à la pharmacie au côté du directeur de la CFAO. Il est encore confirmé dans ce rôle en 1958 et en 1959 au côté de M. Mavré, pharmacien à Brazzaville.
Les établissements Laborex ne peuvent donc pas avoir été créés en 1985 et avoir, en 1958 et 1959, assuré le rôle d’expert douanier pour le compte de la République du Congo au sein de l’Union française. Cette omission sur le site de Laborex vise peut-être à cacher un passé colonial du répartiteur pharmaceutique.
C’est à ce niveau que le maillage se complexifie. Eurapharma, leader de la vente de médicaments en Afrique avec 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2022, héritière des établissements Laborex de l’Afrique équatoriale et occidentale française, a pour siège social la même adresse, 8 av. Paul Delorme, 76120 Le Grand-Quevilly, France, que CFAO Healthcare et une cascade de sociétés impliquées notamment dans la distribution de médicaments vers l’outre-mer français.
Jean-Marc Leccia, le président d’Europharma et président-directeur général de CFAO Healthcare, est aussi le bénéficiaire d’une structure, EURAPHARMA CONSULTING SERVICES, avec un chiffre d’affaires de plus d’un million d’euros. Jean-Marc Leccia est affilié à la fondation IFPW et directeur régional pour l’Europe de l’International Federation of Pharmaceutical Wholesalers, Inc aux États-Unis. La Fondation IFPW est fière de soutenir l’Alliance Fight the Fakes, une initiative lancée et présidée avec la Fondation Brazzaville de Jean-Yves Ollivier, conseiller et marchand d’armes du président Sassou Nguesso.

Jean-Marc Leccia commence sa carrière professionnelle chez les laboratoires Baxter en charge de l’export sur la zone Afrique-Maghreb, puis il rejoint Eurapharma en 1991 en charge des activités de promotion.
Dans une annonce légale publiée dans la Semaine africaine du 23 septembre 2023, il est mentionné que Laborex Congo est une société anonyme de droit congolais, avec un conseil d’administration et un capital de 1 076 740 000 FCFA, soit 1 642 180 euros. Les sociétés SORAPHARMA, SECA (Société européenne de coopération et d’assistance), FORAPHARMA, sont des membres du conseil d’administration de Laborex Congo et toutes des émanations de CFAO Healthcare. Jean-Marc Leccia est donc de facto le président du conseil d’administration de Laborex Congo.
En 2023, les sociétés SORAPHARMA, SECA et FORAPHARMA affichent respectivement un chiffre d’affaires de 222 millions d’euros, 0 euro et 0 euro.
Les entreprises SECA et FORAPHARMA apparaissent comme des coquilles vides avec pour chacune zéro salarié et un chiffre d’affaires nul.
En revanche, la société CONTINENTAL PHARMACEUTIQUE, à la même adresse que CFAO Healthcare, avec pour bénéficiaires et actionnaires Jean-Marc Leccia et Alex Puech, affiche un chiffre d’affaires de 602 millions d’euros en 2023. La société EPDis France, aussi à la même adresse que CFAO Healthcare, présidée et dirigée par Jean-Marc Leccia, affiche un chiffre d’affaires de 369 millions d’euros.
Tout porte à conclure que Monsieur Jean-Marc Leccia est l’héritier du monopole colonial des établissements Laborex dans l’espace francophone africain. Il est, avec SORAPHARMA et CONTINENTAL PHARMACEUTIQUE et EPDis France, le principal bénéficiaire du marché du médicament en Afrique. Il semblerait que derrière l’un des porteurs de Leccia International Inc, une entité aux BVI représentée par l’Union privée bancaire du Luxembourg, se cacherait Jean-Marc Leccia, mais nous n’avons pas pu le confirmer. Toutefois, l’union privée bancaire du Luxembourg a représenté aussi BAXTER TRADING LTD., entité aux BVI du premier employeur de Jean-Marc Leccia.
Les laboratoires BAXTER ont été accusés et condamnés en France pour avoir sciemment écoulé principalement entre 1978 et 1985 des produits sanguins contaminés au virus du sida, alors que des procédés pour décontaminer ces produits existaient. En prenant en compte l’interpénétration encore plus forte à l’époque entre la distribution pharmaceutique en France et en Afrique francophone, il n’y a aucune raison de croire que cette distribution de produits sanguins contaminés se soit limitée à l’Hexagone. À partir de 1988 en Afrique, le succès professionnel de Jean-Marc Leccia coïncide aussi avec la flambée de la pandémie du VIH en Afrique francophone. Le 24 avril 2024, le journal anglais Le Telegraph a rapporté dans un article intitulé «Doctors ‘bribed to use infected blood products’» que Baxter, au Royaume-Uni, soudoyait des médecins pour qu’ils utilisent du sang infecté, entraînant l’infection par le VIH et l’hépatite C de certains patients. Ces produits sanguins sont également utilisés pour traiter les symptômes de la drépanocytose, une maladie génétique qui touche principalement les populations noires.
En octobre 1985, la France interdit de distribuer des produits non chauffés pour les hémophiles, afin d’éviter toute contamination. Mais l’Institut Mérieux, nationalisé en 1981, donc établissement public français, se déploie à l’étranger, si bien qu’en février 1986, le laboratoire continue de vendre ses produits dans d’autres pays.

En 1989, le Congo, bastion de Laborex, était le pays d’Afrique le plus affecté par le VIH avec 62,5 cas pour 100 000 habitants ; un scandale du sang contaminé occulté ?
En l’état de nos recherches, Laborex Congo créée en 1985 aurait servi à l’écoulement des excédents de sang non chauffé et potentiellement contaminés venant de France et notamment du laboratoire Mérieux. Cette hypothèse d’une exportation vers l’Afrique est soutenue par Anne-Marie Casteret dans son livre L’affaire du sang, où elle rapporte le témoignage de d’anciens collaborateurs de la vente de stocks de sang non chauffé vers l’Afrique et la Grèce par les laboratoires Mérieux.
L’institut Mérieux « avait connaissance, dès le mois d’avril 1985 au plus tard, des risques élevés de contamination inhérents à l’absence de chauffage du produit ».
Alain Mérieux apparaît comme un soutien régulier du président Sassou Nguesso, par exemple lorsqu’en 2016, en pleine crise post-électorale, il se rend à Brazzaville pour inaugurer le Centre de recherche sur les maladies infectieuses Christophe Mérieux.
En 1989, le Congo, bastion de Laborex, était le pays d’Afrique le plus affecté par le VIH avec 62,5 cas pour 100 000 habitants ; un scandale du sang contaminé occulté ?
Une des entrées du sida en République du Congo semble bien être la France via les exportations des laboratoires sérieux distribués par Laborex Congo, comme le confirme un article du Parisien de novembre 2002 :

«En 1985, alors que les responsables de la transfusion sanguine venaient de mettre fin à la distribution en France des produits sanguins non chauffés, donc potentiellement contaminés par le virus du sida, l’Institut Mérieux a continué à exporter ses lots à risques dans des dizaines de pays pauvres. Botswana, Guinée, Arabie saoudite, Congo… Des centaines d’hémophiles de ces pays ont reçu des flacons non chauffés et non testés.» – Fleury, E. (2002, November 4). Le scandale du sang contaminé rebondit à l’étranger. Le Parisien.
En 1985, Denis Sassou Nguesso est alors président de la République depuis 1979 et le ministre de la Santé est le professeur Christophe Bouramoue, un ancien de l’université de Montpellier.

LABORATOIRE BIOCARE
La société est, selon les Dépêches de Brazzaville, dirigée par Jacques Bandelia. Il a été impossible de trouver des informations concernant le dirigeant de la seule usine pharmaceutique opérant en République du Congo.
Ce que nous savons, c’est que l’usine se situe au village Kintélé, Djiri, à la même adresse que l’usine de conditionnement de l’eau minérale Okiessi, propriété de NG ENTREPRISE, la société de la fille du président, Claudia Sassou Nguesso, dirigée par Médard Limbouazeni.
Pascal Daumain, l’ancien directeur général de 2009 à 2018, était aussi le trésorier du Groupement des embouteilleurs du Congo.
Il est impossible à ce stade de nos investigations de confirmer que le laboratoire Biocare occupe le même local que l’usine d’eau de NG Entreprise. Toutefois, une commande d’une station de dosage par l’entreprise française Ekope et mise en œuvre par Biocare interpelle. Ekope est dirigée par deux Français, Abdelkader Khadir et Cyriaque Clairon. Il se trouve que ce dernier, Cyriaque Clairon, se décrit comme « ancien directeur général d’une société d’eau minérale au Congo Brazzaville », sans précision du nom de la société évidemment.
L’enchevêtrement des sociétés impliquant les deux associés est complexe. Selon son profil LinkedIn, M. Otman BOUDINA aurait dirigé le laboratoire de 2012 à 2014.
L’actuel directeur des affaires financières et comptables de Biocare, M. Guy Biansoumba, est aussi celui de la clinique COGEMO, un établissement de santé dirigé par le Dr Philippe BANDZOUZI, médecin généraliste à l’APHP Kremlin-Bicêtre en France.
La marque Laboratoire Biocare existe comme filiale du BIOCARE Group, une société pharmaceutique algérienne créée par les Drs Mohammed Redha HABBES et Samira HABBES.
Le laboratoire Biocare ferait-il partie du conglomérat NG Entreprise de Claudia Sassou Nguesso ?

UBIPHARM CONGO
Hyacinthe Ingani n’est assurément pas seulement un pharmacien. Cet ancien étudiant de l’institut de pharmacie de l’université libre de Bruxelles est avant tout député et membre du comité central du PCT ainsi que frère de la ministre Inès INGANI.

Hyacinthe INGANI est avant tout député et membre du comité central du PCT ainsi que frère de la ministre Inès INGANI.
Hyacinthe Ingani a dirigé le Conseil de l’Ordre des pharmaciens pendant 14 ans, de 2004 à 2018. Il a été remplacé à ce poste par Jean-Charles-Claude ONGOLI. Un long règne qui se prolonge en réalité par le contrôle qu’il garde sur UBIPHARM-CONGO et une cascade de sociétés liées à ce réseau.
Selon les dépêches de Brazzaville, UBIPHARM existe depuis 1993 au Congo. Une insertion légale déposée au rang des minutes de Maître Aude Jasmine ONGOLY IKORA dans la Semaine africaine d’Août 2023 précise que UBIPHARM CONGO est une société anonyme pluripersonnelle au capital de deux milliards deux cent quatre-vingts millions FCFA.
Aucune insertion au journal officiel ne permet de confirmer l’enregistrement de UBIPHARM CONGO en 1993.
Impossible aussi d’en connaître l’actionnariat et les membres du conseil d’administration. Une opacité qui interroge sur l’implication directe éventuelle de la famille présidentielle.
Le directeur général de UbiPharm Congo est David Appolinaire BEMBA, mais son président du Conseil d’administration est Hyacinthe INGANI.
Le réseau UBIPHARM CONGO noyaute complètement l’ordre national des pharmaciens du Congo. Les successeurs, Jean Charles Claude ONGOLI puis Jagger MPANDZO, sont tous membres et administrateurs d’UBIPHARM. Philippe Ludovic Ambeto, du laboratoire LUPHA et de la pharmacie Cristale, est membre de UbiPharm.

UBIPHARM CONGO est administrateur de UBIPHARM — chiffre d’affaires de 305.000 euros en 2021 —, DII DEVELOPPEMENT INFORMATIQUE INTERNATIONAL (D.I.I. SA) — chiffre d’affaires de 3,25 millions d’euros en 2021 — et GESCA — chiffre d’affaires de 3,65 millions d’euros en 2021, trois sociétés françaises. UBIPHARM Congo a rapporté 371 000 euros de CA, selon les comptes sociaux de 2022 du groupe UBIPHARM.
Toutes les sociétés africaines et malgaches du groupe achètent leurs marchandises à la société PLANETPHARMA — chiffre d’affaires de 778 millions d’euros en 2022 — dirigée par Gerard Mangoua et Hervé, Raymond, Kohgba Guessennd — dont Hyacinthe INGANI est l’un des administrateurs.
PHARMAFINANCE SA est le fruit de l’alliance de 161 pharmaciens privés ivoiriens, auparavant actionnaires de LABOREX Côte d’Ivoire, qui ont décidé en 1990 de prendre en main l’approvisionnement du marché privé du médicament en Côte d’Ivoire. C’est ce que l’on peut lire sur leur site Internet.

SOCIÉTÉ ÉQUATORIALE PHARMACEUTIQUE
Nicole Evelyne Mavré-Gigault, 73 ans en 2024, a choisi le soleil de Sugarland, Texas, USA, pour ses vieux jours. Dans sa propriété d’une valeur de près d’un million USD, la Congolaise d’origine française, dont la naissance en janvier 1951 avait été annoncée par télégramme dans les colonnes du Figaro, semble loin des affaires familiales. Elle continue cependant officiellement à exercer des mandats sur les sociétés de la famille et l’héritage de son père, Robert-Léon Mavré-Gigault et de sa mère, Simone Patard, fille de M. Patard, industriel à Savigny.
Robert-Léon Mavré-Gigault (1921-2000) et Simone Patard étaient des pharmaciens et des colons français.
En 1948, ils s’installent dans le Moyen-Congo, une colonie de l’Afrique équatoriale française où ils auraient ouvert la première pharmacie du pays.
Les archives de l’AEF mentionnent un dépôt pharmacie par M. Touzelet Gilbert, gérant de la Compagnie française de l’Afrique occidentale (CFAO) à Dolisie le 13 février 1948, et la qualification de M. Dhenain François pour ouvrir une pharmacie à Pointe-Noire, Moyen-Congo le 4 mars 1948. En 1950, Simone Patard Mavré-Gigault vend sa pharmacie sise 138 boulevard Grenelle à Paris 15e à Madame Gaillard Suzanne, épouse Joubert Jean, pour un montant non précisé. Le 11 juillet 1953, les Mavré et Myriam Mollard née Le Bel, pharmacienne à Pointe-Noire, créent à Brazzaville, la Société Equatoriale Pharmaceutique (SEP), un grossiste répartiteur au capital de 600.000 FCFA de l’époque. Il s’agit encore du FCFA unique d’une valeur de 1 FCFA = 2 francs français, soit environ trois millions d’euros en 2023. On ne connait pas les noms des souscripteurs qui ont libéré intégralement les 600 actions de numéraires émises.

Au terme de l’assemblée générale, Mme Myriam Mollard est nommée Présidente et Directrice générale.
Dans la société coloniale du Moyen-Congo, M. Robert Mavré est un petit notable. En 1957, il est le Représentant titulaire des pharmaciens. En 1958 et 1959, expert pour la douane coloniale sur les produits pharmaceutiques.
En 1962, soit deux ans après l’indépendance, Mavré Robert, premier vice-président du Lions Club, est élevé au grade de chevalier de l’ordre du mérite congolais par le président Fulbert Youlou au côté de Babinet (Michel), assureur conseil, « Lions Club » Brazzaville ; Baujet (René), directeur de la Banque Centrale, membre du bureau du « Lions Club » à Brazzaville ; Normand (Jean-Charles), architecte, vice-président du « Lions Club » à Brazzaville et Trottier (André-René), directeur de la Banque Nationale pour le Commerce et l’Industrie à Brazzaville, membre du bureau du « Lions Club ».
Le 10 mars 1965, l’arrêté n° 1011 sur l’autorisation d’officine accordée en 1956 à M. Mavré Robert est validé par le régime révolutionnaire du président Massamba Débat. Pascal Lissouba est premier ministre et Simon Gokana, [père de Denis Auguste Marie Gokana, patron de AOGC et conseiller hydrocarbures de Denis Sassou Nguesso], ministre de la santé publique, de la population et des affaires sociales. Il n’y a aucune trace d’autorisation d’officine à M. Mavré dans les journaux officiels de l’AEF de l’année 1956. En mai 1966, à l’étude de Maître Gnali-Gomes Marcel-Roger [père de l’avocat maître Vincent Gomes], notaire, M. Mavré vend pour un montant inconnu et à un acquéreur inconnu [peut-être la S.E.P] la pharmacie Mavré Morelle Rigal et Mavré Pharmaciens. Le colon a fait souche.
Entre 1983 et 1996, la famille Mavré et ses associés ont créé un réseau d’entreprises au Congo, en France et en Suisse. Essentiellement des acquisitions de franchises d’hôtel et des SCI, puis une consolidation sous la forme de holding en Suisse. Cette structure particulière de l’Empire Mavré est caractéristique des montages financiers pour rapatriement et blanchiment de capitaux. Toutefois, sans accès aux documents financiers et bancaires, nous ne pouvons pas confirmer que c’est le cas ici.
Ce que nous savons en revanche, c’est qu’en France, les sociétés ASOGI France et Holsi France affichent un chiffre d’affaires de zéro euros respectivement au minimum pour les quatre dernières années d’exercices. ASOGI France a des fonds propres de trois millions d’euros et HOLSI de deux millions d’euros. La holding Holsi est la plus ancienne, créée en 1996 en Suisse et actionnaire majoritaire de Holsi France.
Par un enchevêtrement d’associés et de sociétés, Holsi France gère le patrimoine français de la famille Mavré, dont l’hôtel de Gerland à Lyon, la SCI Brumi à la même adresse que l’hôtel Gerland à Lyon et DAMALINE – IBIS proche de Meaux –. Nicole Mavré-Gigault possède à Brazzaville la SCIP SIROCO, actionnaire en France de la SCI Brumi.
246 rue Marcel Mérieux, 69007 LYON, ça ne s’invente pas, c’est donc l’adresse de la SCI Brumi et de l’hôtel de Gerland — chiffre d’affaires de neuf cent mille soixante-neuf euros en 2020 —, les principaux avoirs des Mavré. Marcel Mérieux, c’est le nom du père d’Alain Mérieux, les fondateurs des Laboratoires Mérieux, tristement célèbres pour l’affaire du sang contaminé.
La chronologie des créations des entreprises entre 1983 et 1996 s’inscrit parfaitement dans cette période. Principal grossiste répartiteur au Congo-Brazzaville, la Société équatoriale pharmaceutique SEP, aurait participé à l’écoulement en Afrique des stocks de sang français, comme nous en faisons l’hypothèse avec Laborex.
Dès 1983, le professeur Luc Montagnier, avec les professeurs Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann, avait identifié l’agent infectieux et la contamination par le sang. Après la décision de déremboursement par le ministre Laurent Fabius en 1985, les produits sanguins des laboratoires Mérieux, presque invendables en France, ont généré un immense bénéfice au Congo. Ce bénéfice aurait été blanchi par les Mavré à travers des investissements dans l’immobilier via les SCI et l’hôtellerie. En 1996, soit juste après l’alternance Mitterrand-Chirac, a été créée la holding en Suisse comme pour mettre les millions à l’abri d’injonctions à l’indemnisation de potentielles victimes. En 1996, les indemnisations des victimes françaises et de leurs familles étaient évaluées à 17 milliards de francs, soit 2,5 milliards d’euros.
Autour de l’année 2018, le pharmacien titulaire de la pharmacie Mavré-SEP, feu Alex Ramel, fut aussi l’ambassadeur plénipotentiaire de l’Ordre de Malte en République du Congo. Son prédécesseur, Philippe d’Alverny, époux de Christiane Chodron de Courcel, cousine de Madame Bernadette Chirac, est administrateur de la société GROUPEMENT FORESTIER DE CONTRÔLE et de la SCI DE L’INSTITUT DE LA MAISON BOURBON. Son successeur, Henri Nsika, est professeur de français à Durham Public Schools, Greensboro, Caroline du Nord, USA.
Malte est un hub financier pour les pétroliers congolais. Dans le scandale russo-congolais Gunvor, c’est via Malte que Asperbras versa 17,05 millions de dollars à Maxime Gandzion, fils de Prosper Gandzion, le ministre de l’éducation du gouvernement Youlou qui décora le père Mavré en 1957.
Les Gandzion possèdent plusieurs propriétés à Miami, USA. Ils possèdent le 1000 BRICKELL PLZ 4703 Miami, FL d’une valeur de $552,500.00 et le 1100 S MIAMI AVE 2007, MIAMI, FL d’une valeur de $583,500. Le 1051 Northeast 89th Street Miami FL 33138 a été acheté pour 100 USD en 2018 au « Family Office des Gandzion », OMBIMA LLC, puis revendu pour 2 150 000 USD à J & L Land Investments LLC.
Quel rôle l’officier puis ambassadeur de l’ordre de Malte, dirigeant de la SEP, Alex Michel Ramel a-t-il joué pour permettre à Gandzion de recevoir les millions d’Asperbras ?
À qui appartient réellement la société à laquelle les Gandzion ont revendu la propriété en Floride du Family Office ?
Des questions pour le moment sans réponse.

CONCLUSION
Les taux de mortalité infantile et maternelle sont des indicateurs significatifs de la santé globale d’une population et de l’efficacité des systèmes de santé. En République du Congo, ces statistiques marquent l’état de catastrophe sanitaire dans lequel le pays est plongé.
Des maternités rurales sans lits, des toits éventrés d’où l’eau de pluie tombe sur le visage de femmes qui accouchent au sol. Nos investigations sur le terrain dans certaines zones rurales au nord et au sud du pays ont été bouleversantes, compte tenu du degré avancé de détérioration des centres de santé intégrés. Il y a ce témoignage d’une femme qui a fait une fausse couche quand l’ambulancier a refusé de la transporter à l’hôpital le plus proche, faute d’argent. Les évacuations sont à la charge des patients avec paiement de prime de motivation du chauffeur entre 60 000 et 90 000 FCFA. Ces agents d’un centre de santé sans salaire depuis des mois et qui sombrent dans l’alcoolisme. Partout, se dessine le paysage d’un abandon sanitaire total.

Sur le plan des infrastructures, le système de santé congolais est en déshérence malgré les investissements colossaux consacrés à la création de nouveaux hôpitaux depuis 2014. Nous avons montré comment ce projet ambitieux de santé pour tous n’était en fait qu’une propagande politique et un puits sans fond pour les finances publiques au profit d’acteurs véreux et de la famille présidentielle.
Enfin, l’approvisionnement en médicaments est aux mains d’un cartel présidé depuis 1948 par une société concessionnaire coloniale, la CFAO, la Compagnie française de l’Afrique occidentale. Les médicaments de base nécessaires à la survie des enfants sont vendus jusqu’à 10 fois le prix de référence international.
Le budget de la santé sert essentiellement à enrichir la classe militaro-politico-administrative et aux évacuations sanitaires de ses membres vers l’Europe, la Turquie, le Maroc, l’Afrique du Sud ou l’Inde.
RECOMMANDATIONS
- Retrait du marché des 12 hôpitaux à Asperbras et ouverture d’une instruction judiciaire et d’une commission d’enquête
- Retrait des marchés attribués de gré à gré aux acteurs fantômes et en conflit d’intérêts comme Pami Partners et Rayzone Group.
- Ouverture d’une instruction judiciaire sur le volet Congo Brazzaville de l’affaire du sang contaminé contre les grossistes répartiteurs historiques
- Démantèlement du monopole CFAO Healthcare (Ubipharm, Laborex) sur la distribution des médicaments et remplacement progressif par un système de licence renouvelable périodiquement sur des critères objectifs.
- Mise en place d’un panier social de médicaments de base incluant en priorité les vermifuges et les antipaludiques.
- Opérationnalisation des comités de gestion avec présence de représentants des usagers dans les districts sanitaires
- Renforcement du corps des inspecteurs du ministère de la Santé pour lutter contre la revente des dons, le charlatanisme, les dérives sectaires dans le domaine de la santé et tous les exercices illégaux de la médecine.
- Mise en place d’une obligation de publication annuelle des comptes sociaux et financiers ainsi que des comptes rendus des assemblées générales des fondations nationales.

16 réponses à “Un pays… deux systèmes de santé”
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[…] a récemment publié un rapport d’enquête majeur sur le secteur de la santé au Congo, intitulé « Un pays… deux systèmes de santé ». Publié en juin 2024, le rapport met en lumière un système de santé à deux vitesses causé par […]