On compte 324 centres de santé intégrés, 232 dispensaires, huit hôpitaux généraux et 31 hôpitaux de référence pour ce qui est du secteur public. À cela, on peut ajouter 54 cliniques privées dont certaines appartiennent à des membres de la famille présidentielle.
Pourtant, avec le décret 2013-691 du 21 octobre 2013, le Président Sassou Nguesso a créé la Direction générale des services de santé de la présidence de la République. Cette structure sanitaire comprend un secrétariat de direction, un service social, un service administratif et financier, un service du matériel et des approvisionnements, la clinique présidentielle et le centre médical.

Les deux structures de santé, la clinique présidentielle et le centre médical, ne se rattachent à aucun des districts sanitaires du ministère de la santé, elles dépendent directement du domaine présidentiel dirigé par Edgar Sassou Nguesso.
La Clinique présidentielle et le Centre médical sont donc de facto des établissements publics de santé hors catégorie. Au titre d’établissement public de santé, la clinique et le centre médical devraient être accessibles à tout citoyen suivant des critères d’urgence médicale uniquement, mais c’est à ce niveau que le décret prend une tournure étrange.
Le titre 2 est assez confus et laisse croire que la clinique est aussi accessible au personnel de la Présidence, mais il n’en est rien. Le titre règle en fait les attributions de la Direction générale des services de santé de la Présidence de la République.
« Elle » (la direction générale des services de santé de la Présidence de la République) est chargée, notamment, de :
- Assurer les bilans cliniques et paracliniques du Président de la République et de sa famille ;
- Assurer les soins médicaux du Président de la République et de sa famille ;
- Assurer les soins médicaux des personnels de la Présidence de la République ;
- Assurer les activités de médecine préventive et de médecine de travail aux personnels de la Présidence de la République ;
Dans son chapitre 5, le décret stipule que la clinique est exclusivement dédiée aux besoins médicaux du Président et de sa famille.

Chapitre 5 : De la Clinique présidentielle
Article 9 : la Clinique présidentielle est dirigée et animée par un médecin qui a le rang de directeur. Elle est chargée, notamment, d’assurer les bilans cliniques et paracliniques du Président de la République et de sa famille ;
- D’assurer les soins médicaux du Président de la République et de sa famille ;
- D’assurer, en cas de besoin, l’hospitalisation du Président de la République et de sa famille.
Article 10 : La clinique présidentielle, outre le secrétariat médical, comprend :
- Le bloc opératoire et la réanimation ;
- La radiologie ;
- Le laboratoire ;
- La pharmacie ;
- Les cabinets de consultations spécialisées ;
- Les salles d’hospitalisation.

Ce chapitre 5 du décret institut donc un hôpital personnel du président et de sa famille
Ce chapitre 5 du décret institue donc un hôpital personnel du Président sans définir ce que recouvre le terme « et de sa famille ». Alors que le pays consent à des investissements colossaux pour créer de nouveaux hôpitaux généraux, cette clinique du Président complètement équipée n’apparaît pas dans les comptes du budget de la santé. Ni dans les investissements, ni dans les charges.
Selon le rapport PCQVP Congo 2020-2022 sur le système de santé, l’hôpital de la Présidence a été construit en 2015. Inutilisé, il s’est dégradé ainsi que son équipement. Il a fait l’objet d’une reconstruction en 2021 pour un coût de quatre milliards deux cents millions de FCFA, un dépassement de 20 % du budget prévisionnel de trois milliards cinq cents millions de FCFA, soit seulement 6 ans après son inauguration. Comment comprendre cette dégradation accélérée de l’hôpital Présidentiel ?
En 2016, la clinique COGEMO, associée aux intérêts de Claudia Sassou Nguesso, s’améliore en acquérant une technologie d’imagerie de pointe.
En 2020, le médecin de la présidence, Alain Prosper Bouya, frère du ministre des grands travaux, fonde la clinique VERANO avec un équipement similaire à celui prévu pour l’hôpital présidentiel.
L’accaparement de son matériel au profit de tiers n’est-il pas la raison de la dégradation rapide de l’hôpital présidentiel ?
Le sixième chapitre spécifie que le centre médical assure les consultations médicales, les soins en ambulatoire pour le personnel de la présidence de la République, ainsi que les activités de médecine préventive et de médecine du travail.
Le centre médical est dépourvu d’un service de radiologie, de bloc opératoire et de réanimation ou de cabinet de consultations spécialisées.
Nous sommes face à une situation d’apartheid médical. La clinique dernier cri pour le président et sa famille d’un côté et le service minimum pour le personnel.
Que l’accès à cette clinique soit réservé au Président et à sa famille contrevient à la logique d’accessibilité pour tous les établissements publics de santé.
En 2016, 47 % des 5 millions d’habitants du Congo avaient moins de 18 ans et, selon la Banque mondiale, environ 44,5 % d’entre eux vivaient en dessous du seuil national de pauvreté.
Plutôt que d’investir dans une aile de pointe dans un hôpital public comme le CHU ou même l’hôpital militaire de Brazzaville, le Président a choisi de créer par ce décret un système de santé personnel pour lui et sa famille.
