Toronto, le 5 juin 2024 – Les taux de mortalité infantile et maternelle sont des indicateurs significatifs de la santé globale d’une population et de l’efficacité des systèmes de santé. En République du Congo, ces statistiques, avec environ 56 décès pour 1000 naissances vivantes, marquent l’état de catastrophe sanitaire dans lequel est plongé le pays.

Des maternités rurales sans lits et aux toits éventrés d’où l’eau de pluie tombe sur le visage des femmes qui accouchent à même le sol. Nos enquêtes de terrain dans certaines zones rurales du nord et du sud du pays ont été choquantes, compte tenu du degré de détérioration avancé des centres de santé intégrés. Concernant les infrastructures, le système de santé congolais est en plein désarroi malgré des investissements colossaux ; environ 25% du budget annuel de la santé a été consacré à la création de nouveaux hôpitaux depuis 2014. ASPERBRAS, une entreprise sans réalisations antérieures dans la construction d’hôpitaux et dont le dirigeant est poursuivi pour blanchiment d’argent, s’est vu confier le projet d’investissement dans le domaine de la santé le plus ambitieux depuis l’indépendance. Prévu sur 37 mois, le projet de 12 hôpitaux généraux de Asperbras est devenu un gouffre sans fond pour les finances publiques congolaises. Les premiers travaux, inachevés/inutilisés, tombent déjà en ruine, et des budgets supplémentaires sont déboursés, mais l’opérateur ne fait rien.
L’approvisionnement en médicaments est aux mains d’un cartel présidé depuis 1948 par la CFAO, la Compagnie française d’Afrique occidentale, société concessionnaire coloniale. À cause de ce monopole colonial, les médicaments essentiels à la survie des enfants sont vendus jusqu’à 10 fois le prix de référence international.
En compilant les montants des évacuations du mandat d’opération reçu par nature du budget de l’exercice 2019, on obtient l’estimation de cent quarante-trois milliards neuf cent quatre-vingt-dix millions quatre cent cinquante-sept mille huit cent vingt-trois FCFA (143 990 457 823). Ce montant représente presque l’intégralité du budget de la santé pour l’exercice. Impossible de savoir sur quels critères sont attribuées ces indemnités d’évacuation à l’étranger. Ainsi, le budget de la santé sert principalement à enrichir la classe militaro-politico-administrative et aux évacuations sanitaires de ses membres vers l’Europe, la Turquie, le Maroc, l’Afrique du Sud ou l’Inde.
Voici les principaux résultats du rapport « Un pays… Deux systèmes de santé » du Collectif Sassoufit :
- Le coût des évacuations sanitaires à l’étranger a représenté la quasi-totalité du budget santé 2019. Les critères de soutien de l’État ne sont pas connus.
- Le décret 2013-691 du 21 octobre 2013 crée un hôpital réservé au Président et à sa famille.Cet hôpital, inauguré en 2015, est resté inutilisé avant de faire l’objet d’une rénovation en 2021 pour quatre milliards deux cent millions de FCFA.
- Trois principales fondations nationales s’occupent également de la santé. La Fondation Congo Assistance, créé par Madame Sassou Nguesso, est la plus ancienne et déclare les compagnies pétrolières comme donateur/partenaire ; la Fondation Génération À Venir de droit suisse et congolais, dont Edgar Nguesso est président d’honneur, et la fondation Perspectives d’Avenir, fondé par Denis Christel Sassou Nguesso.Les sources de financement des fondations Edgar et Denis Christel sont inconnues.
- ASPERBRAS Congo, entreprise sans expérience dans la construction d’hôpitaux, a été retenue en 2014 pour le projet le plus ambitieux du ministère de la Santé depuis l’indépendance. Les projets étaient à réaliser en 37 mois pour 30 milliards FCFA, environ 25 % du budget de la santé en 2015. Le projet est toujours inachevé malgré une rallonge budgétaire de cinq cent milliards de FCFA allouée pour poursuivre la construction en 2022.
- GROUPE RAY ZONE : Pour quatre cent quarante-quatre millions trente mille FCFA, soit environ 2% du fonds COVID, le Ministère a commandé une application de géolocalisation COVID de cette société israélienne via Chérif Aidara, l’époux de la Ministre Lydia MIKOLO. Malgré un acompte de 100% avant livraison le 28 mai 2020, on ne retrouve aucune trace en mars 2024 de déploiement ou de livraison de l’application.
- PAMI Partner, anciennement Serenity Spa, est une société suisse détenue par Judicaelle Mouandinga Darboux Okemba, la fille de Jean-Dominique Okemba, le patron des services secret congolais et président du conseil d’administration de BGFI Congo. En 2022, le rapport annuel de la Direction Générale du Contrôle des Marchés Publics mentionne Pami Partenaire dans la liste des marchés attribués pour un montant total de 2 880 203 909 FCFA, soit environ 4 757 411 USD. En comparaison, le budget annuel du CHU de Brazzaville est de cinq cent millions de FCFA.
- Les entrepreneurs fantômes sont M2R-COMPANY M.C., KOUMOU CONSTRUCTION KC SARLU, BD. COM SARL, MAISON AUBAINE M.A S.A.R.L.U, Natalia Sarlu, Solution Juste Confort, Pierre Anne Construction, etc. Dans la plupart des cas, il n’existe aucun registre public des contrats, des appels d’offres ou des activités antérieures.
- Les cartels pharmaceutiques : hormis Biocare Congo, qui semble être une filiale du Groupe NG, la société de Claudia Sassou Nguesso, Biocare Congo, Laborex Congo, Ubipharm Congo et la Société Equatoriale Pharmaceutique sont contrôlées par CFAO Healthcare. Ubipharm Congo est dirigée par Hyacinthe Ingani, un député du PCT proche de Denis Christel Sassou Nguesso.En tant que grossiste, LABOREX CONGO et SEP auraient participé au déstockage du sang contaminé au Congo dans les années 1980. En 1989, le Congo, fief de Laborex, était le pays africain le plus touché par le VIH avec 62,5 cas pour 100 000 habitants ; un scandale caché du sang contaminé ?
Une multitude d’appels d’offres de gré à gré, un marché en entente direct accordé au mari de la ministre de la Santé, un distributeur pharmaceutique sous la botte d’un fils du Président, un décret qui institutionnalise l’apartheid sanitaire, etc. C’est l’’ensemble du système de santé de la République du Congo qui est passé sous la loupe. Il apparaît le portrait d’une ségrégation sanitaire, d’un pays avec deux systèmes de santé : un pour l’enrichissement du Président et de ses fidèles, un autre complètement en ruine pour le commun des Congolais.
À propos de la République du Congo : Avec une population de 5 millions d’habitants, la République du Congo abrite le siège africain de l’OMS.
Voici les statistiques clés de son système de santé:
- Espérance de vie: l’espérance de vie à la naissance en République du Congo est d’environ 64 ans pour les hommes et 68 ans pour les femmes.
- Taux de mortalité infantile: le taux de mortalité infantile est élevé, avec environ 56 décès pour 1000 naissances vivantes.
- Taux de mortalité maternelle: le taux de mortalité maternelle est également préoccupant, avec environ 383 décès pour 100 000 naissances vivantes.
- Accès à soins de santé: Les services de santé, en particulier dans les zones rurales, peuvent être limités en raison d’infrastructures inadéquates, du manque de personnel médical et d’obstacles financiers.
- Principales causes de mortalité : Le paludisme, les infections respiratoires, les maladies diarrhéiques et le VIH/SIDA comptent parmi les principales causes de morbidité et de mortalité dans le pays.
- Dépenses de santé : Les dépenses de santé publique comme un pourcentage du PIB, 4,4% en 2020, est relativement faible, ce qui a un impact sur la disponibilité et la qualité des services de santé.
- Infrastructures de santé : les investissements destinés à améliorer les infrastructures de santé, notamment à travers la construction et la rénovation d’hôpitaux et de cliniques, ont été confiés à des acteurs véreux qui ont détourné les fonds sans livrer le travail. Il y a 324 centres de santé intégrés, 232 dispensaires, huit hôpitaux généraux et 31 hôpitaux de référence du secteur public. A cela, on peut ajouter 54 cliniques privées, dont certaines appartiennent à des membres de la famille présidentielle.
